Luz y Sombra https://luzysombra.journalintime.com/ Luz y sombra, lumière et ombre. J'ai grandi, j'ai vieilli, la fin de la jeunesse est passée. Tant mieux ? fr 2021-04-23T12:46:51+02:00 https://luzysombra.journalintime.com/Dose-de-campagne-premiere-partie Dose de campagne, première partie Cette injonction à ne pas s'écouter, à satisfaire l'égo de l'homme, à ne plus exister pour que lui se sente puissant. Ce viol permanent, consenti pour se sentir normale et/ou être tranquille. Je l'ai expérimenté aussi, bien sur, dans des draps oubliés. Cette simulation du plaisir quand on ne ressent rien, et qu'on s'interroge; qu'est ce qui cloche chez moi ? Musique écoutée : https://youtu.be/7wvg71IDoAE (Sofiane Pamart; j'aime son jeu, tellement aérien, ses mains comme des oiseaux qui se posent sur les touches du piano.) Je suis revenue il y a quelques jours de mon séjour en Cette injonction à ne pas s’écouter, à satisfaire l’égo de l’homme, à ne plus exister pour que lui se sente puissant. Ce viol permanent, consenti pour se sentir normale et/ou être tranquille. Je l’ai expérimenté aussi, bien sur, dans des draps oubliés. Cette simulation du plaisir quand on ne ressent rien, et qu’on s’interroge; qu’est ce qui cloche chez moi ?

Musique écoutée : https://youtu.be/7wvg71IDoAE
(Sofiane Pamart; j’aime son jeu, tellement aérien, ses mains comme des oiseaux qui se posent sur les touches du piano.)

Je suis revenue il y a quelques jours de mon séjour en Normandie. Je suis revenue de la campagne. Est-ce qu’on en revient vraiment, de la campagne ? Quelque part, on est tous de la campagne. On la porte avec nous toujours. Même au coeur de la cité la plus bétonnée. Je crois que les coeurs, tous les coeurs, aspirent à ce vert tendre, cette douceur vallonée, ces insectes agaçants et rieurs, cet air que l’on devine pur seulement par comparaison avec l’air vicié qu’on respire dans la ville, et qui soudain nous saisi par son immaculée caresse. Particules de rien contre particules fines. Particules de vie contre la mort lente de notre appareil respiratoire, engorgé de ville. La vie contre la ville. La campagne contre le béton. La nature franche contre les arbres rasés et la forêt reconstituée.
Nous parlions de ça hier avec Sofia, lors de notre promenade dans un des (rares) écrin de verdure de notre ville : on a rasé un petit bois, vers Romainville, pour créer une espèce de parcours de santé… Un parcours de santé dans lequel on va replanter des arbres, paysager l’espace, reconstituer une forêt. Mais : une forêt rassurante car créée par l’Homme. A son image. Avec des chemins tamisés et bien proprets.
Quelle absurdité ! Dans ma tête, le lien est court : parcours de santé = raser des arbres. On n’aura vraiment rien compris ! Rien appris !
Quand on sera tous mort du COVID19 ou d’une autre maladie qui arrivera bien vite, il sera trop tard pour réfléchir à l’inconséquence, à l’incohérence, à l’orgueil immense.

Malgré tout, je vais bien. Je me sens bien. Le retour à Paris a été difficile. Mais ça va mieux. C’est surement que la campagne est restée avec moi. Et que je sais qu’elle est là, quelque-part, même dans ma cité bétonnée. Qui, j’exagère, n’est pas si bétonnée : on est entourée d’arbres. Les tilleuls bourgeonnent. Les oiseaux sont nombreux et me sont d’un grand réconfort.
Je me sens bien. Le printemps est ma saison. Même si je suis née à l’aube de l’été, je suis une fille du printemps.
J’ai plein d’idées, d’envies, de projets. (Par contre j’appréhende la reprise du travail).
J’ai bien ancrée, fourmillante, cette envie de me lancer dans la publication de poésie. Je réalise que ce que j’écris, pas seulement ici, mais sur mon portable, un carnet, dans ma tête, s’apparente à une forme de poésie, émancipée des normes classiques, ancestrales et rigides. Ces normes, instituées par un académisme patriarcal, entravant la créativité. Rupi Kaur, la poétesse qui monte en ce moment, s’est affranchie de ces constantes. Je lis actuellement son recueil Lait et Miel. Je ne sais pas si j’aime. (C’est une traduction, ça dénature forcément la poésie.) Mais c’est novateur. Dans la forme, c’est surprenant. Il y a ce texte qui m’a touché cependant, dans la première partie de son recueil intitulée Souffrir:

"tu me rentres dedans avec deux doigts et c’est un choc. c’est du caoutchouc qui frotte contre une plaie ouverte. je n’aime pas. tu pousses de plus en plus vite. mais je ne sens rien. tu cherches à déceler une réaction sur mon visage alors je commence à simuler ces femmes nues dans les vidéos que tu regardes quand tu penses que personne ne te voit. j’imite leurs gémissements. faux et affamés. tu me demandes si c’est bon et je réponds oui aussitôt comme dans un souffle préenregistré. je fais semblant. tu ne le remarques pas."

La tristesse et la violence de ce texte. (Tout le contraire de l’amour avec A.)
Cette injonction à ne pas s’écouter, à satisfaire l’égo de l’homme, à ne plus exister pour que lui se sente puissant. Ce viol permanent, consenti pour se sentir normale et/ou être tranquille.
Je l’ai expérimenté aussi, bien sur, dans des draps oubliés. Cette simulation du plaisir quand on ne ressent rien, et qu’on s’interroge; qu’est ce qui cloche chez moi ?
A mon âge, j’ai cette certitude que ça ne m’arrivera plus. Même si, comme beaucoup de gens, j’ai été violée.
Rupi Kaur. Tout ça pour dire que je suis viscéralement habitée par la poésie. Et que je pense à un recueil de tous mes textes sur mes origines, que j’intitulerai Héritage. C’est à ça, exactement à ça, que je pensais samedi matin dans le métro pour rejoindre ma soeur. Je pensais à Héritage. Soudain, un homme (qui s’avéra être une femme) monte dans le métro un livre à la main. Je regarde le titre. Héritage. (Oui, Héritage, de Miguel Bonnefoy). Saisie de joie, je l’ai pris pour un signe.

Finalement je n’ai pas écris sur mon séjour à la campagne. Je le ferai plus tard. J’ai faim.

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2021-04-23T12:46:51+02:00
https://luzysombra.journalintime.com/Ma-mere-en-bleue Ma mère en bleue Hier, j'étais en colère contre moi. Déçue. Du temps perdu. Je comptais me faire un après-midi lecture; terminer ce livre de Duong Thu Huong. Au lieu de ça, je me suis endormie sur le lit dans la chambre d'amis. J'ai dormi de 14H00 à 17h37. Mal en plus. J'avais froid. J'avais une position douloureuse, inconfortable. Je n'arrivais pas à me réchauffer. Le chat dormait à côté de moi sur un coussin. Et j'ai fais un drôle de rêve. Un rêve; une maison récemment achetée quelque-part sur la côte atlantique (je le savais car il y avait des pins maritimes et le sol était sablonneux. Hier, j’étais en colère contre moi. Déçue. Du temps perdu.
Je comptais me faire un après-midi lecture; terminer ce livre de Duong Thu Huong. Au lieu de ça, je me suis endormie sur le lit dans la chambre d’amis. J’ai dormi de 14H00 à 17h37. Mal en plus. J’avais froid. J’avais une position douloureuse, inconfortable. Je n’arrivais pas à me réchauffer. Le chat dormait à côté de moi sur un coussin. Et j’ai fais un drôle de rêve.
Un rêve; une maison récemment achetée quelque-part sur la côte atlantique (je le savais car il y avait des pins maritimes et le sol était sablonneux.) Dans une espèce de camping de luxe. Les mosaïques que nous devions poser en guise de plinthes étaient simplement posées contre le mur. Et ma mère était là. Elle me signifiait que, connaissant mon père, ce n’était pas demain la veille que les mosaïques allaient être posées. Elle portait une tenue bleue et blanche, à la fois jolie et coincée, avec des consonances grecques. Un chemisier sans manche blanc au col bleu qui marquait sa taille fine. Et une longue jupe légèrement ample, qui arrivait aux chevilles, avec des motifs bleus et verts...Des sandales à petits talons en cuir marron clair je crois. Je me faisais la réflexion que ça lui allait bien, que sa taille était fine, mais que cette tenue était aussi un peu trop coincée , genre Juive ultra orthodoxe, et que devant Fany (qui avait acheté une maison à côté), j’allais avoir honte de ma mère.
Voilà.
Ce n’était pas un de ces rêves dans lesquels je sais que ma mère est morte, même si elle est présente. Ces rêves dans lesquels elle a ressuscité , pour une petite période seulement, et où je sais que tôt ou tard, elle rejoindra sa tombe.

Ces rêves là, Papillon les fait avec son père aussi. Ca doit être classique chez les gens qui ont perdu un proche. Chez les enfants qui ont perdu un parent tôt.

Mais dans tous les rêves avec ma mère, ou presque tous, sa personnalité m’insupporte. Ce n’est jamais vraiment elle.

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2021-04-17T12:03:34+02:00
https://luzysombra.journalintime.com/Les-4-tigres Les 4 tigres En sortant: un majestueux cerisier en fleurs. Touffu et cotonneux comme un nuage rose. Une barbe à papa. Une bienveillance enfantine dans laquelle j'aurai voulu m'enfoncer. Pour ressortir, peut-être, de l'autre côté, dans un monde merveilleux. Un monde qui aurait été bien géré, respecté, aimé. Un monde sans hommes très probablement. Une opportunité. Une nouvelle chance pour l'Humanité. Un autre côté du miroir qui serait le contraire du monde dévasté qu'il reflète. On mène une vie de retraités en fin de compte. On ne travaille pas. On ne sort pas boire des coups et danser En sortant : un majestueux cerisier en fleurs. Touffu et cotonneux comme un nuage rose. Une barbe à papa. Une bienveillance enfantine dans laquelle j’aurai voulu m’enfoncer. Pour ressortir, peut-être, de l’autre côté, dans un monde merveilleux. Un monde qui aurait été bien géré, respecté, aimé. Un monde sans hommes très probablement. Une opportunité. Une nouvelle chance pour l’Humanité. Un autre côté du miroir qui serait le contraire du monde dévasté qu’il reflète.

On mène une vie de retraités en fin de compte. On ne travaille pas. On ne sort pas boire des coups et danser un peu. On ne fait pas de rencontres excitantes. Rien.
Enfin, je parle de moi. Je mène une vie de retraitée; je ne peux pas travailler. Mais moi, quand je ne travaille pas, je ne gagne pas d’argent. Zéro. Nada. Avril est un mois sans achats. Sans, presque, de sorties. Sans rencontres. Rien. Sans argent on ne peut rien.
Avec Papillon, est on est précaires. Tous nos amis, ou presque, sont propriétaires, partent tout le temps en week-end ou en vacances dans quelque résidence secondaire. Pas nous. Nous, c’est à dire moi, masseuse et facialiste à mon compte et lui musicien, on n’a pas d’argent. Ou si peu. Nous, on est locataires dans un HLM du 93. Nous, on n’a pas papa et maman pour nous aider. Mais, nous : on a fait des choix différents. Tout plutôt qu’une vie d’asservissement à des entreprises qu’on déteste. Je les voix, mes amies; aucune passion dans ce "qu’elles font", rien de poétique, rien d’artistique. Des bull-shit jobs, pour la plupart. Sauf Fany, qui est instit', passionnée par ce qu’elle fait, et qui s’éclate. Mais bien sur, elle non plus n’est pas propriétaire...
Et sauf Lou, qui vit selon ses principes. Qui vit sa liberté. Qui enseigne le français au Costa Rica. Comme je l’envie parfois!
Alors, même sans argent, je ne me plains pas. Car pour rien au monde je ne retournerai en entreprise. Plutôt me prostituer. Déjà que, dans le fait d’être prestataire free-lance pour une entreprise, il y a des choses qui me gênent… J’appréhende ma reprise d’ailleurs. Qui aura lieu le 3 mai si tout va bien. La différence de rythme avec maintenant va être drastique. Douloureuse.
Ceci étant dit.

Avant hier, avec Fany, on est allé se promener au Jardin des Plantes. Il faisait un temps magnifique. Au soleil, presque chaud. Ces temps où l’on n’arrête pas d’enlever et de remettre son blouson, au gré des courants d’air et du va-et-vient des nuages.
Nous nous sommes assises sur un banc, face aux parterres de fleurs et aux cerisiers. Derrière nous, la chênaie et la frênaie. La fraîcheur des arbres. Nous avions avec nous une petite bouteille de grenache et une autre de chardonnay. Fany avait pensé aux gobelets. Moi, à rien. Fany a beaucoup parlé. Je l’ai beaucoup écouté. Ca ne me gêne pas. Plus je vieillis, moins je parle. Parce-que tout ce qu’il y a dans ma tête me fait peur. Il n’y a rien de joyeux. Il n’y pas de confiance. Et il y a peu d’espoir.
Dans ma tête; le dérèglement climatique, la crise démographique, les espèces qui disparaissent, l’élevage industrielle, les gens qui s’en foutent, les humains qui se multiplient comme des parasites, la télé-réalité et toutes ces choses absurdes qui plaisent aux masses décérébrées. Dans ma tête aussi; la certitude scientifique qu’en 2064, soit dans 43 ans, l’Amazonie sera pour ainsi dire une savane qui émettra du gaz à effet de serre. Presque toute vie en aura disparue. Lieu de mort et de désolation. Alors dans ma tête la question : qui a envie de mettre des enfants au monde face à une horreur pareille. Dans ma tête, encore; les chasseurs, les violeurs d’enfants, les violeurs tout court, l’impérialisme, la suprématie patriarcale qui régit tout, les extrémismes religieux qui font peur, les guerres absurdes qui menacent tandis que les ressources s’amenuisent. Dans ma tête, toujours; les débats stériles qui polluent l’espace politique, l’espace publique, ce temps perdu à passer à côté de l’essentiel.
Alors, écouter les autres. Ces autres intelligents. Ces rares personnes que j’ai la chance d’appeler amis. Les écouter, moi ça me repose la tête. Même si, finalement, ils n’ont conscience que du quart de la lucidité terrassante que j’ai dans la tête, toujours. Et c’est suffisant. Sinon, très certainement, je n’aurai pas d’amis.
Nous sommes restées plus de 3h00 sur ce banc. A boire et discuter. Puis, les gardiens du parc ont utilisé leurs affreux et stridents sifflets pour faire sortir les visiteurs. En sortant : un majestueux cerisier en fleurs. Touffu et cotonneux comme un nuage rose. Une barbe à papa. Une bienveillance enfantine dans laquelle j’aurai voulu m’enfoncer. Pour ressortir, peut-être, de l’autre côté, dans un monde merveilleux. Un monde qui aurait été bien géré, respecté, aimé. Un monde sans hommes très probablement. Une opportunité. Une nouvelle chance pour l’Humanité. Un autre côté du miroir qui serait le contraire du monde dévasté qu’il reflète. Un monde, derrière les fleurs de ce cerisier, dans lequel les girafes courraient encore dans les plaines. Un monde dans lequel l’Amazonie, luxuriante, ne serait pas menacée de devenir une savane dans 43 ans.
43 ans. J’aurais 77 ans.
Mon portable était éteint. Je n’ai pas pu prendre en photo ce superbe cerisier. Ce cerisier de conte de fée. Je me demande si je ne vais pas ressortir mon appareil photo reflex. Celui que j’utilise en voyage. Ce ne sont pas les voyages qui m’étouffent en ce moment… Le plaisir de faire de la photo me manque : le viseur optique, le nez qui se fronce tandis qu’un oeil se ferme, les réglages, le "clac" de l’obturateur...
La dernière fois que j’ai utilisé cet appareil, je crois que c’était durant le périple Vietnam- Cambodge-Laos qu’on s’est offert avec Papillon entre décembre 2018 et janvier 2019. Le Vietnam, évidement.
Le dernier grand voyage que j’ai fais. L’Asie du Sud Est. Là où les tigres sont chez eux.

En parlant de tigres, aujourd’hui, j’ai fais un don pour une cause qui me tient à coeur. Le Train Tigers Rescue; depuis 10 ans (depuis leur naissance en fait) 4 tigres sont enfermés dans un wagon de 20 mètres carrés en Argentine, abandonnés là par un circassien et soumis aux aléas de la météo sans pouvoir se protéger. Rien. Un agriculteur local les nourris une fois par semaine. Rien d’autre. Une vie de calvaire. Un cauchemar. Trois associations se sont unies pour les sauver, les sortir de cet enfer et leur offrir une vie digne dans un sanctuaire en Afrique du Sud. Elles ont besoin de 100 000 euros. J’en ai donné 15. C’est peu. J’aimerai pouvoir faire plus. J’espère que beaucoup de gens vont se mobiliser et que ces tigres vont être sauvés. Cette histoire m’a beaucoup touché. M’a pronfondément ému. Les animaux ont toujours été mon inspiration et mon cheval de bataille. Je le vois dans mes haïkus d’ailleurs. C’est drôle; ils évoquent presque tous des animaux.
Je vais suivre cette histoire de près. En espérant que cela va vite se régler.

Sinon.

Papillon est parti enregistrer en Normandie avec son groupe. Leur nouveau titre a bien démarré. J’ai appelé papa, il avait l’air d’aller bien. Ma rééducation se passe pas mal malgré un claquage à gauche la semaine dernière et une fragilité certaine de mes poignets. Ce week-end, je repars dans le Perche avec ma soeur. On va encore visiter des maisons pour elle. Je suis en pleine lecture d’un très beau livre de Duong Thu Huong, Au zenith, qui me ramène au Vietnam. Dans la sensorialité du Vietnam.
Bien sur, je raconterai mon voyage ici. Ce sera un bonheur de l’écrire. De : le raconter.
Car je manque d’inspiration. Depuis Alejandro, qui me dégoûte maintenant, peu de choses m’inspirent. Ecrire est plus laborieux.
C’est tout, je crois, pour aujourd’hui.

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2021-04-15T17:15:00+02:00
https://luzysombra.journalintime.com/Normandie Normandie Sortir de Paris. De mon 93 étriqué. J'ai passé ce week-end memorable en Normandie. Avec ma soeur et ma cousine. On est parti de Paris samedi matin tôt en voiture. Nat était au volant. So sur le siège passager. Moi à l'arrière. La petite est toujours à l'arrière. Et je suis la petite soeur. La petite cousine. J'ai bientôt 34 ans mais: je serai éternellement la petite. Après moi, ce sont les générations suivantes: neveux, nièces, petits cousins. J'aime tellement ça, être la petite. La dernière née de ma génération. Le rayon de soleil, comme m'appellent mes soeurs, Nat et Sortir de Paris. De mon 93 étriqué.
J’ai passé ce week-end memorable en Normandie. Avec ma soeur et ma cousine.
On est parti de Paris samedi matin tôt en voiture. Nat était au volant. So sur le siège passager. Moi à l’arrière. La petite est toujours à l’arrière. Et je suis la petite soeur. La petite cousine.
J’ai bientôt 34 ans mais : je serai éternellement la petite. Après moi, ce sont les générations suivantes : neveux, nièces, petits cousins. J’aime tellement ça, être la petite. La dernière née de ma génération. Le rayon de soleil, comme m’appellent mes soeurs, Nat et Karine.
Et pourtant et pourtant. La petite dernière. La petite demi-soeur née d’un second mariage du père a enflammé bien des jalousies. Parce-que d’elle, on s’est occupé. Parce-que d’elle, le père s’est occupé. Parce-qu’avec elle, le père a été : présent.
Et parce-que moi je n’y peux rien, à ces histoires là, on m’aime quand même.
Je sais me faire aimer. La petite restera la petite qui a perdu sa maman. (D’ailleurs, hier le 5 avril, c’était l’anniversaire de maman. Elle aurait eu 70 ans. Il m’est impossible de l’imaginer à cet âge là.)

Ce trajet en voiture; on a tellement ri que de l’arrière, j’ai vu les épaules de Nat se secouer durant toute la durée du voyage.
Je crois que ce qui a déclenché nos premiers rires, c’est quand j’ai été persuadé d’avoir vu Thierry Le Luron sur le siège passager d’une voiture passée à côté. Nat et So en choeur :
-Thierry Le Luron ??!! ! Mais il est mort il y a 30 ou 40 ans!
-Ah ! non alors c’était pas lui. Attendez je vais trouver...
Finalement, j’ai trouvé : Laurent Baffie.
So : On passe de Le Luron à Laurent Baffie.
Elle ajoute Et pourquoi pas Louis de Funès ? Hey les filles, j’ai vu Louis de Funès dans la voiture d’à côté!!
Fou rire général.
On a ri pour plein d’autres choses. Mais vraiment, c’est Louis de Funès dans la voiture d’à côté qui m’a fait le trajet. Voire le week-end. Je ne me fatigue pas facilement de ce qui m’a fait rire. Surtout quand c’est de moi que vient la bêtise Ce qui arrive souvent.
Voilà, la petite. Voilà pourquoi je suis le rayon de soleil. Je fais rire aux larmes, parfois sans le vouloir, souvent en le voulant.

Après avoir ri comme des folles durant plus de deux heures, on est finalement arrivé dans le Perche où ma soeur achète une maison. On faisait une contre visite.
Nouveau fou rire quand J.P, mon cousin qui a aussi sa résidence secondaire dans le coin, est venu jeter un oeil sur la maison. Il s’avère qu’il travaille dans le bâtiment et "qu’il s’y connait". Il s’avère, aussi, que la première fois que nous étions venues avec ma soeur, nous n’avions pas remarqué une vieille fenêtre/trappe sur la façade arrière droite de la maison. Elle doit donner sur les combles; inaccessibles et que nous n’avons pas pu (ni pensé à) visiter. Intriguées, on en a parlé à J.P. Il nous a donc demandé la date estimée de la construction de la maison. Moi, très sure de mon fait : 1974!
-Non, c’est pas possible, a dit J.P, une maison comme ça c’est plus début du XXéme siècle. Plutôt 1910.
Et So d’ajouter Mais enfin Anne, pourquoi, en 1974, des gens iraient s’emmerder à placer une trappe tout en haut de la maison, accessible seulement par une échelle ? C’était fini les granges à foin dans les années 70!
Avec ma soeur on pleurait de rire presque. On n’avait pas pensé à ça.
(Cependant, je précise que sur l’annonce de vente de la maison, il est bel et bien écrit qu’elle date de 1974. Ce qui est forcément une erreur. Rien que dans la façon de construire, les matériaux utilisés… et surtout cette trappe qui donne sur les combles. J’en ri encore.)

Bon. On a passé un superbe week-end. On a logé dans un gîte très mignon, avec sauna et jacuzzi, dont la chambre donnait sur les près et les vaches.
Dans le jacuzzi, j’ai raconté à ma cousine la suite et fin de mon histoire avec Alejandro, qu’on a rebaptisé pour l’occasion Manolito. Il était presque présent dans le jacuzzi avec nous. Jacuzzi dans lequel : je me suis empressée de prendre des photos de moi en maillot de bain pour ensuite les poster en story sur Instagram afin qu’il puisse les voir… J’ai même tagué #manolito. Il ne comprendra pas.

Mais lâche prise enfin !
Pourquoi je ne lâche pas prise ?

Il y en a bien un autre que j’adorerai avoir pour amant. Mais voilà : il est parti vivre à Marseille. Sofiane. Un ancien client à moi. Un musicien. Et pas n’importe quelle musique : du jazz manouche. Il est : guitariste de jazz manouche. Dans les story qu’il poste sur Instagram, chez lui en train de jouer de la guitare, j’aperçois toujours en arrière plan cette photo de Django. Django Reinhard en noir et blanc sur son rebord de cheminée. Et ça me plait.
Plusieurs fois, j’ai touché son corps. Plusieurs fois, ses tatouages ont dansé sous mes doigts. En tout bien tout honneur. Une valse sage, pas une salsa endiablée. Mais là, c’est ce que j’aimerai avec lui; ses tatouages sous mes doigts pour une danse plus torride. Il n’est plus mon client.
Plusieurs fois j’ai rêvé de lui. Les rares fois où il remonte sur Paris, j’aimerai avoir l’audace de lui proposer qu’on se voit. Mais je n’oserai pas; trop timide pour ça.
Et pourtant et pourtant, j’en rêve.

Sinon : j’ai fini hier soir le dernier livre de Sandrine Collette, Ces orages là. Je me disais:c’est fou, elle écrit comme moi. Enfin, j’écris comme elle, un peu. Elle a cette écriture durassienne, mélancolique et ponctuée, dont elle use et abuse. Même influence que moi. Ca l’a marqué comme moi. Hypnotisée, comme moi. Impossible de s’en défaire. Une influence pareille, ça prend toute la place.
Je me souviens qu’avant même d’avoir lu Duras, j’écrivais comme elle. J’avais vu l’Amant avant de le lire. Et la voix off de Jeanne Moreau, dans les modulations caractéristiques du rythme de Duras qu’elle prenait, avait suffit pour que je comprenne. Pour que je saisisse. Pour que je m’empare de ça : de ce rythme là.
J’ai toujours eu l’oreille musicale.
C’est peut-être pour ça qu’il n’y a qu’eux qui me plaisent; les musiciens. Aux musiciens, je pardonne tout.

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2021-04-06T19:10:00+02:00
https://luzysombra.journalintime.com/Heritage Héritage Je n’ai pas toujours été belle. Enfin: je n’ai pas toujours été belle pour les hommes et les garçons qui m’entouraient. Pour les hommes si, peut-être, pour les garçons non, pas toujours. Les garçons un peu plus âgés que moi ont deviné avant moi que j’allais être belle. C’est comme ça que la beauté est entrée dans ma vie; Elle est entrée par les mots des garçons plus âgés qui voyaient en moi ce que je ne voyais pas encore. C'est parti de là. De la discussion avec Papillon, l'une de mes préférées; celle sur les discriminations raciales. C'est là que Papillon Je n’ai pas toujours été belle. Enfin : je n’ai pas toujours été belle pour les hommes et les garçons qui m’entouraient. Pour les hommes si, peut-être, pour les garçons non, pas toujours. Les garçons un peu plus âgés que moi ont deviné avant moi que j’allais être belle. C’est comme ça que la beauté est entrée dans ma vie; Elle est entrée par les mots des garçons plus âgés qui voyaient en moi ce que je ne voyais pas encore.

C’est parti de là.
De la discussion avec Papillon, l’une de mes préférées; celle sur les discriminations raciales.
C’est là que Papillon m’a dit qu’il ne me considérait pas comme une Blanche, mais comme une Latina.
J’étais stupéfaite. Absurdement flattée. Joie saugrenue. La fierté ridicule de me sentir différente, minoritaire, étrangère. Dans les yeux de Papillon, personnification du métissage caribéen, ne plus être une Blanche me donnait plus de valeur. Comme si, chargée d’une histoire plus douloureuse et plus intéressante, je prenais consistance. Comme si ma texture s’affermissait dans le moule de la pluriethnicité. Comme si, également, la chape de culpabilité d’être une Blanche, responsable de tout ce qui est brisé en ce monde, s’envolait, me libérait. Comme si j’étais : absoute. Comme s’il m’avait : purifié.

En fait, non, c’est parti de plus loin que ça. La mort de ma mère peut-être, et la recherche généalogique qui s’en est suivie, très vite avortée, faute de sources.

Plus récemment encore, mon travail sur les ancêtres cet automne. En me tirant les cartes, j’ai été confronté à des questionnements remuants.

Depuis longtemps, en fait, depuis le Flamenco entré dans ma vie. Et depuis l’Algérie, où je n’ai jamais mis les pieds. Et surtout, depuis le Maroc, où je brûle de les poser, mes pieds.
Ma cousine m’a dit : c’est toujours sur la branche du père qu’on tente de grimper, au plus haut des ramifications généalogiques. Car : on porte son nom. La mère nous porte, littéralement, pendant des mois. Nous met au monde. Nous allaite, mais : le nom est plus fort. Le nom est plus fort.

Depuis longtemps, ce besoin d’en savoir plus. Savoir d’où je viens. Savoir qui je suis. Et cette discussion récente avec Papillon : Je ne t’ai jamais considéré comme une Blanche.

Alors, depuis peu, quelque-chose se construit. Se met en place. Quelque-chose est en train de surgir subtilement de mes brumes. "Y que al menos tu recuerdo ponga luz sobre mi bruma." ("Et qu’au moins ton souvenir éclaire mes brumes de sa lumière.")

Et ce matin, mue par une inspiration soudaine, j’ai écris tout ça. En tapant du pouce sur mon portable, assise au bord du lit :

« Je n’ai pas toujours été belle. Enfin : je n’ai pas toujours été belle pour les hommes et les garçons qui m’entouraient. Pour les hommes si, peut-être, pour les garçons non, pas toujours.
Les garçons un peu plus âgés que moi ont deviné avant moi que j’allais être belle. C’est comme ça que la beauté est entrée dans ma vie;
Elle est entrée par les mots des garçons plus âgés qui voyaient en moi ce que je ne voyais pas encore.

J’étais une enfant brouillon. Des cheveux bruns très épais, bouclés. Des sourcils indisciplinés qui se rejoignaient, presque, au dessus de mon nez. Des yeux marrons , yeux de cochon, avec des cils long et fins.
Une petite bouche en cœur, impossible à fermer car : des dents trop présentes, trop écartées, trop dévorantes. Des dents de lapin.
Entre cochon et lapin, je n’avais pas ces cheveux lisses, châtains ou blonds, que les autres semblaient attendre pour dire qu’une fille était belle. Je n’entrais pas dans la catégorie claire et définie du royaume des Blancs. Je le sais aujourd’hui.
Et pourtant j’étais blanche, mais : une blanche brouillon, une blanche brouillée, une petite espagnole, une fille de pied noir.

Ma mère, aussi loin que je sache, vient du terroir français. Ma mère est une blanche. Mais ses cheveux : tellement noirs, tellement épais, tellement drus. Des cheveux non crépus qui poussaient à l’afro. Elle n’a jamais pu les avoir longs. Volumineux oui, longs jamais. Ses cheveux de Méditerranée. Son corps de Méditerranée. Son visage parfait, sa beauté saisissante et brune.

Mon père : ses cheveux noirs frisés dans les rues de Fez, à jouer aux billes avec les autres enfants , les petits arabes, contre les petits juifs, contre les petits espagnols, contre les petits français. Déjà dans l’enfance : l’appartenance et l’opposition. Mais c’est du jeu, encore.
Mon père, ses cheveux noirs frisés, petit français mais pas depuis longtemps : une génération seulement. Avant, ça aurait été un petit espagnol, un petit andalou pour être plus précise. Et avant ça quoi ? Un petit maure ? un petit juif ? On se sait rien de ce sang là, juste qu’il coule dans nos veines. Le reste, c’est l’ignorance. Voulue ou non.
Ses cheveux noirs frisés et ses yeux olives, lui qui les aime tant, les olives. Lui qui a gardé ça de la Méditerranée. L’a ramené avec lui comme un héritage précieux mais : silencieux. Un héritage qu’on ne dit pas. Ce n’est pas un héritage muet, c’est un héritage tu. Les olives, le cumin, les piments, l’harissa. Tout ça dans les yeux de mon père. »

Quand j’ai relu les deux dernières phrases de mon texte, j’ai pleuré. Tout ça dans les yeux de mon père.

Je pense; écriture se soi. Je pense roman. Autofiction. Quelque-chose se met en place. Qui prend forme et consistance. Comme moi.
Je n’aurai personne à qui transmettre ça. Je n’aurai pas d’enfants. J’arrête la filiation. Pas par manque d’amour envers mon héritage. Mais parce-que je refuse d’imposer un monde à l’agonie qui n’a plus rien à offrir, à des enfants qui n’ont rien demandé. Je refuse d’imposer cette souffrance là. C’est déjà suffisamment lourd à porter pour moi toute seule. Je ne veux pas multiplier cette souffrance.

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2021-04-02T18:06:00+02:00
https://luzysombra.journalintime.com/Du-coton-et-du-cafe Du coton et du café "...avec un peu d'imagination, j'arriverai peut-être à croire que les troupeaux magnifiques peuplent encore les savanes. Et que leurs sabots grandioses résonnent encore sur Terre durant leurs courses folles." Je suis née dans les années 80, à une époque où les girafes, les éléphants et les rhinocéros peuplaient encore les plaines d'Afrique. A une époque où ils couraient encore dans les plaines. (Et à une époque où les tigres étaient encore chez eux...) Selon un très récent recensement, en 30 ans, la population des éléphants a diminué de 86%. Mon cauchemar absolu. Mon "...avec un peu d’imagination, j’arriverai peut-être à croire que les troupeaux magnifiques peuplent encore les savanes. Et que leurs sabots grandioses résonnent encore sur Terre durant leurs courses folles."

Je suis née dans les années 80, à une époque où les girafes, les éléphants et les rhinocéros peuplaient encore les plaines d’Afrique. A une époque où ils couraient encore dans les plaines. (Et à une époque où les tigres étaient encore chez eux...)
Selon un très récent recensement, en 30 ans, la population des éléphants a diminué de 86%. Mon cauchemar absolu. Mon cauchemar récurrent de jeune adolescente déjà : voir les espèces animales disparaitre les unes après les autres tandis que l’espèce humaine, inexorablement, continue de se répandre comme une maladie contagieuse, annihilant tout sur son passage.
Mes amies enceintes, mes amies qui veulent être enceinte, mes amies qui ont déjà des enfants; on est nées en même temps, mais on ne pense vraiment pas pareil. Parfois, j’ai envie de leur lancer : "Alors, on s’est mis au défi de repeupler la planète ?"
Samedi, je suis allé voir So. Quand je suis arrivée, alors qu’elle préparait sa petite pour la sieste, elle s’est exclamé :"Mais ! Toi tu as pris des seins ! Et tes hanches ! ? Tu es enceinte!" Heureusement que je ne l’ai pas vu la semaine dernière, durant mon épisode compulsif sur la grossesse. Heureusement que samedi, j’avais mes règles. Dans quelle panique elle m’aurait mise sinon ! (Malgré mes trois test de grossesse négatifs.)
Enfin, je m’égare. Entourée par les grossesses, les p.m.a, les bébés, j’en suis obsédée par l’idée, ça devient suspect...
Enfin, je m’égare.
Ce matin, je me brossais les dents. Je faisais la liste mentale de ce qu’il me fallait racheter. J’ai pensé du coton et du café. Puis j’ai pensé à ça, fondamentalement, au coton et au café. Et au poids de l’Histoire. Le coton et le café, deux produits d’importation. Deux composantes indiscutables de la vie de tous les jours pour des milliards d’êtres humains. Deux produits facilement accessibles aujourd’hui uniquement parce-qu’à une époque, pas si lointaine, (celle où les girafes couraient encore dans les plaines), le sang a coulé dans la honte pour qu’il en soit ainsi. Deux produits de consommation courante qui tirent leur accessibilité de l’esclavage et de la barbarie.
Qui pense à la genèse d’un produit quand il rédige mentalement sa liste de course ? Moi, c’est au supermarché que je suis assaillie par ça, souvent. Que l’horreur m’envahit. Devant cette pléthore de biens, cette profusion de marchandises, j’ai soudain le tournis. Le tournis de l’horreur. D’une part à cause de l’exploitation destructrice de la Terre que cette marchandise, dans toute sa gargantuesque abondance, représente, d’autre part, en imaginant comment et dans quelles conditions les produits ont été élaborés. Le tournis de l’horreur dans un seul supermarché, pas si grand que ça. Alors, face à tous les supermarchés du monde entier réunis, quel tournis m’assaillirait ? Celui de la mort ? Mon coeur qui cesse de battre instantanément devant la monstruosité de la grande distribution.
Je sais que ça rend beaucoup de gens heureux, du moins joyeux, de se rendre au supermarché ou au centre commercial, d’aller faire les courses. Le bonheur satisfaisant de remplir le caddie, au prix le plus bas si possible. Ben oui, tant qu’à faire ! Exigeons toujours plus en payant toujours moins ! C’est la crise ma p’tite dame ! Putain d’envie de vomir.
Face à toutes ces denrées, des gens éprouvent cette joie bizarre; celle du désir qui sait qu’il va être immédiatement comblé. Moi, c’est le contraire. C’est comme si, derrière les rayons et à travers les produits, je voyais tout : la Terre qui saigne, les animaux qui hurlent leur souffrance immense, l’air qui se pollue, l’eau qui se raréfie, les enfants à la peau sombre qui crachent leurs poumons dans un râle sanguinolent… Le supermarché m’angoisse et me désespère.
Et maintenant, en plus, cette conscience du poids des produits. Du poids de l’Histoire dans ce que l’on croit acquis. Je l’avais déjà, bien sur. On parle de moi là… Mais ce matin, c’est une chape de plomb en plus qui est venue s’ajouter à l’édifice de ma conscience déjà bien chargé. C’est peut être le documentaire Arte que j’ai regardé hier matin; le premier épisode d’un triptyque passionnant intitulé Décolonisations. Au début du film, on voit des images d’archives, grésillantes et en noir en blanc. On voit la savane africaine et des girafes. J’en ai ressenti une grande tristesse. La tristesse face à un monde qui a été, qui aurait pu être encore, et qui ne sera plus jamais. Un monde dans lequel des troupeaux d’animaux grandioses couraient dans toutes les plaines et dans toutes les forêts. Un monde dans lequel des mammifères fabuleux nageaient en nombre dans toutes les mers. Ce monde dans lequel, en tirant un peu sur les années, je peux dire que j’ai eu la chance de naître. Un haïku m’est venu face à ces images; spontané, déjà formé, déjà signifiant avant même d’avoir été pensé :

Quand il y avait encore
des girafes
qui couraient dans les plaines

Je ne suis pas une grande consommatrice de coton, en partie grâce au livre d’Erik Orsenna Voyage aux pays du coton. Petit précis de mondialisation.
Je me demande ce qu’aurait pensé Alejandro de cette conversation. De cette illumination matinale sur le coton et le café. Lui, la personnification même de la colonisation. Afro-sino-indigeno péruvien. Rien peut-être. Finalement j’en sais peu sur son niveau de conversation. Ce n’est pas lui qui me manque. C’est ce qu’on avait ensemble. J’ai vu qu’il avait regardé une story à moi sur Facebook. Mais rien qui le rende nostalgique ou qui me rende inoubliable : c’était une story sur mon chat… Est-ce que je suis difficile à oublier pour lui ? Ou même : impossible à oublier ? Si je parle autant de lui, c’est qu’il est la seule excitation récente dans ma vie. La nature détestant le vide, ma case "excitation" n’a que son souvenir pour la combler.
Même So. a été toute émoustillée de mes aventures avec A. Je lui ai conseillé de prendre un amant. Mais avec un bébé, ce n’est pas la même logistique.
Un bébé, pour quoi faire ? Vous avez 4 heures.
C’est une vraie question… Qui mérite qu’on s’y attarde. Surtout aujourd’hui.

Ma case "excitation" devrait pourtant être comblée avec d’autres choses que le souvenir d’A.
Avec mes projets de romans par exemple. J’en ai deux. Qui me travaillent, qui me chatouillent depuis des mois, et sur lesquels il faudrait sérieusement que je planche. Mais voilà; je ne crois pas en moi. Je ne m’en crois pas capable.
Avec un recueil de poésie aussi. Je rêve de publier. Un roman bien sur, mais aussi de la poésie. Mes haïkus avec mes photos. Et d’autres courts poèmes. Qu’est ce qui m’en empêche ?
Avec le projet d’un futur voyage. On s’est dit avec Papillon le Mexique et le Guatemala pour notre prochain voyage. Découvrir avec lui des coins du Mexique que je ne connais pas encore puis passer par le Guatemala que je ne connais pas du tout. Je pourrai partir avant lui, pour profiter un peu de mes amants inachevés. Mais le problème pour ce projet de voyage, c’est l’argent. Enfin, le manque d’argent.
Avec, encore, une nouvelle formation. Mais : ai-je vraiment envie de me lancer dans la naturopathie pour enrichir ma pratique professionnelle ? Je dois encore y réfléchir.
Avec, enfin, ce projet d’acheter une tiny house tous les deux. De préférence des shipping containers qu’on aménagerait sur un terrain arboré. Notre idée de la maison idéale : une tiny house. Comme j’aime à le dire aux curieux, aux adeptes du "mais pourquoooiiiii ?" : moins de place pour nous, plus de place pour les arbres, les fleurs et les oiseaux!
Une tiny house donc, un joli terrain arboré, quelques poules rescapées d’un abattoir pour les oeufs, quelques chèvres et moutons, un petit équidé, un container recyclé en studio de musique pour Papillon, un container transformé en espace de massage et cabinet de naturopathie (donc) pour moi, un potager, la solitude et l’espace, l’absence de klaxons abrutis à 7h00 du matin contre un camion de livraison qui n’y peut rien, l’absence de camion de livraison, l’absence des autres et notre pleine présence à tous les deux. Je travaillerai un peu, j’écrirai beaucoup, toujours proche de la nature, des arbres et des étoiles. Mon idée du bonheur.
A défaut de rétablir un monde dans lequel les girafes courent encore dans les plaines, je voudrais qu’on créé le notre. Dans ce contexte idéal, avec un peu d’imagination, j’arriverai peut-être à croire que les troupeaux magnifiques peuplent encore les savanes. Et que leurs sabots grandioses résonnent encore sur Terre durant leurs courses folles.

Je crois que c’est tout pour aujourd’hui.

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2021-03-30T18:47:00+02:00
https://luzysombra.journalintime.com/Le-corbeau-et-le-retard Le corbeau et le retard "Assises sur un banc dans le jardin des Tuileries, nous observions les oiseaux sur les parterres de fleurs. Un corbeau a attiré mon attention. Peu farouche, il nous regardait en douce, curieux et à l'affut. J'aime particulièrement les corbeaux. Ce sont des oiseaux qui m'attirent beaucoup. Loin de l'image abominable qu'en a donné Jean Paul Rappeneau dans son adaptation du Hussard sur le toit en 95..." Je ne suis pas inspirée. Le stress prends trop de place aujourd'hui. Ce stress que j'appelle stress obsessionnel, qui me rends visite de temps en temps et que je n'avais pas revu depuis "Assises sur un banc dans le jardin des Tuileries, nous observions les oiseaux sur les parterres de fleurs. Un corbeau a attiré mon attention. Peu farouche, il nous regardait en douce, curieux et à l’affut. J’aime particulièrement les corbeaux. Ce sont des oiseaux qui m’attirent beaucoup. Loin de l’image abominable qu’en a donné Jean Paul Rappeneau dans son adaptation du Hussard sur le toit en 95..."

Je ne suis pas inspirée. Le stress prends trop de place aujourd’hui. Ce stress que j’appelle stress obsessionnel, qui me rends visite de temps en temps et que je n’avais pas revu depuis février 2020, il me semble. Stress obsessionnel car il débute par une pensée, une idée, une interrogation stressante, puis se mue en obsession. Une obsession qui tourne dans ma tête et m’interdit tout autre activité que celle de me consacrer entièrement à elle. Une compulsion. Gourmande. Sournoise.
Le stress obsessionnel concerne généralement mon état de santé. Aujourd’hui, il est arrivé peu après le réveil. Et il concerne une éventuelle grossesse indésirée.

...

Hier j’allais bien. Hier tout allait bien. J’avais vu l’orthopédiste. On avait décidé qu’il était temps que je retire mes attelles. Alors, au sortir de son cabinet, je marchais dans la rue gaiement, le sourire aux lèvres. Le soleil timide dans les yeux. J’avalais les 2 kilomètres qui séparent la clinique de chez moi d’un pas genekellyesque. A l’intérieur, je dansais. A l’intérieur, je chantais. Et même pas sous la pluie. Le bonheur.
Le soir venu, j’ai commandé indien pour une soirée cinéma en solo. J’ai choisi le film Call me by your name, de Luca Guadagnino. Il m’a tellement ennuyé, voire agacé (l’arrogance du personnage américain n’y est pas pour rien) et je me sentais tellement fatiguée que j’ai décidé d’aller me coucher. Ou du moins de me mettre au lit avec mon livre du moment; Florida, d’Olivier Bourdeaut, (dont je trouve l’écriture elle aussi arrogante, prétentieuse, dans ce roman là).
Je discutais un bref moment avec Sev. via Instagram. Elle m’a d’ailleurs annoncé être enceinte de son deuxième enfant. J’ai eu du mal à m’en réjouir étant donné l’état de ce triste monde, de cette pauvre planète, ravagée par une démographie avide et dévorante.
(Plus les années passent, plus je me sens décalée de mes amies. On réfléchit différemment. Trop différemment...)
Enfin, je me suis glissée dans les draps. Sereine et confortable. Mon verre d’eau citronnée à portée de main. Mon livre avec moi. Une hésitation : un épisode du podcast Affaires sensibles présenté par Fabrice Drouelle (dont j’adore la voix) ou mon livre ? J’ai opté pour mon livre. Le Olivier Bourdeaut prétentieux donc.
Finalement, j’ai mal dormi; j’avais trop chaud et, derrière la porte de la chambre entrouverte, j’avais la sensation d’une présence, l’illusion d’une silhouette. Merci Stephen King !

Ca, c’était hier. Et ça, c’était une bonne journée.

Aujourd’hui, avec l’arrivée de stress obsessionnel, tout a basculé.
Au réveil, Papillon m’a appelé pour me raconter un peu l’Andalousie, le désert, le canyon, les montagnes et les chevaux. On a parlé de la grossesse de Sev. A ce moment, je ne pensais pas une seconde être enceinte.
C’est entre les céréales et le café que, d’un coup, l’idée est apparue. Je ne sais plus pourquoi. Mon léger retard de règles ? Mes seins gonflés ? Ma grosse fatigue d’hier soir ? Le fait d’avoir eu trop chaud durant la nuit ? L’annonce de la grossesse de mon amie ? La date anniversaire de mon avortement ? Peut-être un peu tout ça à la fois.
Paniquée, j’ai laissé mon café refroidir et j’ai écris à Margot. (Margot qui est enceinte aussi, que j’ai vu dimanche lors d’une ballade parisienne et qui accouche début mai.) Elle m’a suggéré d’aller acheter un test pour me rassurer.
Ce serait un comble de poisse, de malchance, si j’étais enceinte ! J’ai un stérilet bordel ! En qui j’ai une confiance (peut-être trop) absolue… Un comble de malchance car bien sur, si je suis enceinte, c’est d’Alejandro. Je dis à Margot :"Si je suis enceinte de A. ce mec ne m’aura apporté vraiment que des emmerdes!"
Ni habillée, ni lavée, encore en pyjama, j’enfile mon manteau et descends à la pharmacie.
De retour à la maison, je m’efforce d’uriner sur la petite bandelette et pas trop à côté. Puis j’attends, assise sur le trône, drôle de reine de la poisse. Résultat on ne peut plus clair : PAS ENCEINTE. Soulagement. J’entame une danse de la joie dans mon salon. Je remercie le ciel. Poisseuse à ce point, c’était pas possible quand même. Là ce serait du niveau de ma voisine Ivana (dont le résultat du test il y a deux ans n’était pas le même que le mien...)
Ma joie, pourtant, est de courte durée. Stress obsessionnel. Arrivent en pluies acides les termes et maximes "faux négatifs", "hormones de grossesse non encore détectables", "test fiable seulement lors des premières urines du matin", "Enceintes sous stérilets : elles témoignent!", "Le stérilet en cuivre, cette arnaque." et autres "Moi j’ai fais trois test, trois fois négatifs, et pourtant j’étais bien enceinte, ne vous y fiez pas!", "Gardez l’espoir les filles ! Négatif ne veut pas dire que vous n’êtes pas enceinte en fait!"
Et le cauchemar commence. La compulsion commence.
J’ai passé ma journée à lire des statistiques sur les test, sur le stérilet, sur les faux négatifs, sur les règles qui en fait n’en sont pas et peuvent vous laisser penser que vous n’êtes pas enceinte. Alors qu’en fait si!
Raaaaahhhhhhhh!!!! !

J’ai finalement acheté un autre test, de détection précoce, sur lequel je pisserai demain matin au réveil (donc), avant ma première séance de kiné.
J’essaie de garder la tête froide. J’ai un stérilet, mon test était négatif et jusqu’à preuve du contraire, c’est bien mes règles que j’ai eu 6 jours après mon dernier rapport non protégé avec A.
Mais ce retard, ces seins gonflés, ça me ramène trop à il y a quatre ans; cette période affreuse, douloureuse, cette grossesse comme un couperet.
D’une part je ne veux pas revivre un avortement, d’autre part, comment ferais-je pour cacher ça à Papillon ?
Papillon qui joue les beaux hidalgos en Andalousie, ignorant tout des tourments qui m’abîment aujourd’hui.
J’espère avoir de la chance. Et que demain à la même heure, ce stress obsessionnel sera derrière moi. J’espère que ce sont toutes ces grossesses autour de moi qui ont provoqué ça.
La grossesse de Margot par exemple…

Dimanche, toutes les deux, nous nous sommes baladées entre Châtelet et les Tuileries. Le temps était idéal, le soleil de notre côté et Paris magnifique.
Assises sur un banc dans le jardin des Tuileries, nous observions les oiseaux sur les parterres de fleurs. Un corbeau a attiré mon attention. Peu farouche, il nous regardait en douce, curieux et à l’affut. J’aime particulièrement les corbeaux. Se sont des oiseaux qui m’attirent beaucoup. Loin de l’image abominable qu’en a donné Jean Paul Rappeneau dans son adaptation du Hussard sur le toit en 95, (oh mon Dieu, Alejandro n’était même pas né et maintenant il est peut être le père du foetus qui grandit peut-être à l’intérieur de moi!). Bref, je disais, loin de cette image abominable, je trouve les corbeaux extrêmement charismatiques, mystérieux et attendrissants, avec leur croassement rauque et leur lustre bleuté. Ils ont toute ma sympathie.
Et celui-ci était surprenant. Avant lui je n’avais jamais observé de corbeau qui s’approchait si près des humains.
Il se tenait là, derrière je ne sais plus quelle fleur, et nous regardait fixement. "Regarde Margot ! Tu as vu ce corbeau comme il est beau ? Comme il est drôle ?" Sa tête légèrement inclinée sur le côté, taquin, il semblait attendre quelque-chose de nous. J’ai bêtement eu l’idée de lui lancer un morceau du gâteau au chocolat que j’étais en train de manger. Et il a sautillé vivement jusqu’au fameux morceau, sans peur, sans hésitation. Et l’a pris dans son bec. Puis, il s’est éloigné et, de nouveau dans le parterre de fleur, il s’est caché derrière une plante pour le déguster. J’étais abasourdie. Première fois de ma vie que je nourrissais un corbeau. Une surprise. Une joie enfantine qui m’a fait beaucoup rire. Et tout à coup, le doute : le chocolat n’est t-il pas toxique pour les oiseaux ? J’ai soudain eu très peur d’avoir fait du mal au corbeau avec cette idée, stupide, de lui donner du gâteau. Etre responsable de la mort d’un animal m’est insupportable. Marcher sur un escargot me rend malade. Alors un corbeau…
Avec Margot on a vérifié sur internet si le chocolat était toxique pour les oiseaux. Il s’est avéré que oui. J’était atterrée. Je me suis sentie comme je ne sais plus quel couple de personnages dans le livre Les intéressants, de Meg Wolitzer, quand ils tirent accidentellement sur un canard lors d’un simple jeu avec une carabine, et le tue. A l’époque, je m’étais complètement identifié à eux, dévastés par la mort du canard par leur faute. J’aurai ressenti la même chose à leur place. Et ce corbeau et mon idée de lui refiler du chocolat m’a ramené à cet inoubliable passage du canard dans le livre.
Mais finalement, le corbeau s’est envolé. Puis il est revenu avec toute sa bande se disputer un pain au raisin… Avec Margot, on est arrivé à la conclusion que les corbeaux sont des animaux solides et qu’avec tout ce que les gens jettent dans le parc, les oiseaux d’ici doivent être très résistants. Fin de l’histoire, et joli souvenir d’un corbeau pas comme les autres.

J’espère simplement que j’en resterai au stade Le corbeau et le retard, et que je n’irai pas jusqu’à la phase Le retard et l’enfant...
(Ceux qui ont vu le film comprendront.)

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2021-03-23T19:56:00+01:00
https://luzysombra.journalintime.com/Les-couleurs Les couleurs Je sourirai en voyant ce violet profond, velours caressant. Je sourirai, encore, face à ce jaune dissipé qui déborde des pétales et à cet orange discret qui tente de l'assagir, pastel et cotonneux. Mais surtout, je m'émouvrai devant ce fushia vibrant, voluptueux à n'en plus finir, maître du bouquet qui en ordonne la mélodie. Et le vert, écrin végétal des bijoux délicats, oxygène des fleurs et de moi. J'ai acheté ce matin un beau bouquet de fleurs. (Je rentrais de mon rendez-vous pour ma radio de contrôle des poignets.) Je l'ai vu dans le magasin; ses couleurs vibraient Je sourirai en voyant ce violet profond, velours caressant. Je sourirai, encore, face à ce jaune dissipé qui déborde des pétales et à cet orange discret qui tente de l’assagir, pastel et cotonneux. Mais surtout, je m’émouvrai devant ce fushia vibrant, voluptueux à n’en plus finir, maître du bouquet qui en ordonne la mélodie. Et le vert, écrin végétal des bijoux délicats, oxygène des fleurs et de moi.

J’ai acheté ce matin un beau bouquet de fleurs.
(Je rentrais de mon rendez-vous pour ma radio de contrôle des poignets.)
Je l’ai vu dans le magasin; ses couleurs vibraient joyeusement comme pour m’appeler. Et soudain : impossible d’imaginer le salon sans ce bouquet au milieu. Impossible de rentrer à la maison les mains vides, dépourvues de cette explosion de couleurs qui n’attendait que moi.

A cet instant précis, je me sens bien. Je ne me sens pas submergée d’angoisses pour l’avenir. Ce qui est rare. Les fleurs jouent à être belles dans leur vase. Je ne les vois pas mais je les sais là, dans une pièce toute proche. Leur présence me ravit.
A cet instant précis, les fleurs aux belles couleurs sont dans leur vase, mon chat dort gentiment dans son panier près de moi, de l’encens brûle, mon café fume, la musique joue dans mes oreilles et je suis entourée de mes livres et des instruments de musique de Papillon.
J’ai, posée à côté de moi sur le bureau, ma pierre de citrine. Une ravissante petite pierre jaune translucide sensée apporter joie et réussite à celui qui la détient. J’aime la regarder. Ces jours ci j’en ressens le besoin. Peut-être parce-que l’hiver s’éternise, que je suis la plupart du temps enfermée et que mes sources de joie se sont drastiquement taries au cours des jours passés.
A Alejandro j’avais offert une pierre Oeil de tigre, dans un élan d’affection. Pour le protéger, lui porter chance. J’offre des pierres aux gens qui comptent vraiment. Comment j’ai pu me tromper à ce point sur lui ? Comment j’ai pu penser qu’il savait voler ? Qu’il savait aimer au delà des territoires maintes fois conquis de l’amour ordinaire ?
Ordinaire oui. Médiocre. Sans surprise et sans ailes. Incapable de se libérer de l’amour romantique usité qui ne fait plus rêver les rêveurs. Ce garçon : une erreur de jugement. La déception de mon hiver brisé. De mon hiver aux os cassés. Et pourtant : durant une poignée de semaines, toutes les chansons d’amour et de désir parlaient de lui.
C’est drôle, un lecteur m’a demandé par e-mail quand j’aurai une prochaine aventure de ce type. Ca m’a fait rire. Il m’en faut tellement pour me risquer à emprunter ce chemin là. Une rencontre qui me donne envie d’écartes les jambes pour en jouir pleinement, sans rapport de force, sans rien à me prouver, sans revanche à gagner, ça m’est rarement arrivé. Je ne sais même plus quand ça m’est arrivé. Ce que je sais, c’est que le cocktail de conditions pour que la magie opère est bien trop complexe et subtil pour que deux fois de suite je le réussisse. Ca me rend triste un peu. Frustrée aussi. Mais je suis réaliste. Je me connais bien. J’ai tenté de rencontrer un autre homme, juste après A. Je ne suis pas allé au bout. Car : j’étais dans la revanche, dans la volonté de me prouver que je pouvais vivre encore des instants magiques. Un mec que j’ai décroché, comme la queue du Mickey, sur un célèbre site de rencontre adultère… Beau, latino aux yeux noirs, pilote de ligne (ouais ouais), corps parfait… Mais : en discutant une fois avec lui j’ai senti ses limites. J’ai perçu ses contours. J’ai su son absence de magie. Malgré son métier dans les airs j’ai bien vu qu’il ne savait pas voler. Quelle ironie. J’ai quand-même persévéré, car dans la revanche. Mais non, ce rendez-vous à l’hôtel dont nous avons parlé, je ne l’ai pas confirmé. Je n’y suis pas allé. J’ai ghosté ce garçon. Je n’en suis pas fière.
Je suis dans l’espoir un peu tamisé d’une prochaine rencontre étincelante. Papillon m’en donne la possibilité. Il m’aime libre et épanouie. J’ai cette chance là : de pouvoir, si je veux, faire l’amour ailleurs sans culpabiliser.
Depuis quelques temps déjà, Papillon n’a plus envie, plus de libido, plus d’intérêt pour la chose. Et si je n’avais pas connu A., je n’aurai pas réalisé que j’en souffrais beaucoup, du manque de cette chose là. C’est vrai qu’il n’y a plus de passion sexuelle entre nous. De l’amour oui. Profond et complice. De l’admiration. De la tendresse.Et cette vision du monde qu’on partage intimement. Mais pour l’instant, on ne se rencontre plus comme se rencontrent deux âmes incomplètes qui veulent s’entre-dévorer. Car c’est quoi la passion ? La passion survient quand l’autre est un mystère et que la seule manière de percer ce mystère, de se l’approprier, c’est de dévorer l’autre. Phagocyter le mystère : l’absorber et le détruire. Et après il reste quoi ? Il reste l’amour. Mais comment continuer à désirer ce que l’on a absorbé ? C’est surement le dilemme de bien des couples. C’est le mien. Et je le résoudrai. Mais pas tout de suite. Tout de suite, je veux encore absorber d’autres mystères.

Papillon part dimanche en Andalousie pour tourner un clip dans lequel il interprétera un homme séducteur. Il dit qu’il ne saura pas faire. Qu’il n’a plus ça en lui. Moi, je crois que ça va lui faire du bien. D’autant que la chanteuse qu’il devra séduire dans le clip est une très belle femme.
L’Andalousie, quelle chance ! C’est ma terre, mes racines, mon héritage. J’aurai aimé qu’il la découvre avec moi. Tant pis. On y retournera si le monde nous le permet.

Mon chat se réveille doucement. Je vais refaire du café. En passant devant, je poserai les yeux sur le bouquet. Je sourirai en voyant ce violet profond, velours caressant. Je sourirai, encore, face à ce jaune dissipé qui déborde des pétales et à cet orange discret qui tente de l’assagir, pastel et cotonneux. Mais surtout, je m’émouvrai devant ce fushia vibrant, voluptueux à n’en plus finir, maître du bouquet qui en ordonne la mélodie. Et le vert, écrin végétal des bijoux délicats, oxygène des fleurs et de moi.
Quand je m’attarde à parler de couleurs, je pense à Kandinsky. Il théorisait les couleurs. Pour lui, le jaune dépassait des contours tandis que le rouge, plus lourd, restait bien en place. Ca m’avait plu, cette idée que les couleurs vibraient chacune différemment. Aujourd’hui, quand je regarde du jaune, je trouve qu’il déborde toujours.
(A. lui, ne débordait pas.)
Papillon déborde toujours, et je souris.

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2021-03-19T16:03:00+01:00
https://luzysombra.journalintime.com/Haiku-du-coeur-brise Haïku du coeur brisé J'ai enfin créé ma page Instagram dédiée à l'écriture de mes haïkus: haikus_du_soir. Pour l'instant je n'en ai publié qu'un. Mais: j'en ai écris un certain nombre depuis le printemps dernier. J'ai découvert les haïkus lors du premier confinement. Et j'ai eu pour cette forme de poésie, instantanément, un immense coup de coeur. Tout de suite, je me suis prise de passion pour eux. Comme une révélation. Comme si toutes ces années écoulées sans que je ne m'y intéresse, j'étais passé à côté de l'essence même de la vie. Parce-que c'est extraordinaire un haïku. C'est la J’ai enfin créé ma page Instagram dédiée à l’écriture de mes haïkus : haikus_du_soir. Pour l’instant je n’en ai publié qu’un.
Mais : j’en ai écris un certain nombre depuis le printemps dernier.
J’ai découvert les haïkus lors du premier confinement. Et j’ai eu pour cette forme de poésie, instantanément, un immense coup de coeur. Tout de suite, je me suis prise de passion pour eux. Comme une révélation. Comme si toutes ces années écoulées sans que je ne m’y intéresse, j’étais passé à côté de l’essence même de la vie. Parce-que c’est extraordinaire un haïku. C’est la forme de poésie la plus pure, la plus fondamentale, la plus immaculée. C’est l’infini saisi sur l’instant. C’est l’éternité, figée en 17 syllabes mais s’animant et irradiant pour toujours. Un instantané de l’impermanence. Plus intense qu’une photo parce-que sans limites. C’est la vérité inaltérée, dépouillée d’un langage ornement. C’est l’art de "capter le jaillissement de la vie" (L’art du Haïku, pour une philosophie de l’instant, Bashô, Issa, Shiki, textes présentés par Vincent Brochard et Pascale Senk).
C’est spirituel.
La seule éternité que je connaisse, la seule éternité qui soit, c’est l’instant présent. Déjà, je l’ai touché du bout des doigts. L’écriture de haïkus m’aide à exprimer efficacement la poésie que je vois en chaque chose. Il y a, finalement insufflé, comme un souffle soufi dans le fond des haïkus.( Ecoutez le bruit du vent.)

Souvent, c’est du travail. Parfois, ça surgit du néant et alors tout est fluide et facile. Enfin, je commence à peine. Je débute. Mais c’est un soulagement pour moi d’avoir découvert cette forme de poésie.

C’est drôle; haïkus et réseaux sociaux. Haïkus et Instagram. Les uns sont l’expression pure de la présence à l’instant quand l’autre est tout le contraire.
Sur Instagram, et par extension tous les autres réseaux sociaux, il faudrait donner l’impression (c’est le jeu), que nos vies sont de purs moments de grâce. Même dans la douleur et la tristesse, dans l’inactivité et l’ennui, moments de grâce. J’y arrive plutôt bien. Mais quelle pression les amis ! Et encore moi j’ai 34 ans, je n’en ai pas 15 et demi… La validation sociale de ce que je suis est une addiction comme une autre. L’écriture en est une meilleure et plus saine, mais aussi plus énergivore.
Alejandro. C’est fou comme j’ai envie de lui. Partout, tout le temps. Le matin au réveil. Tout le temps. A chaque fois que je me caresse je pense à lui, et je suis triste. Triste à pleurer. Je ne peux pas à proprement parler me caresser car mes mains sont emprisonnées dans des attelles. Mais quand je passe le jet de la douche sur mon clitoris jusqu’à l’orgasme, c’est à lui que je pense. A sa queue qui m’envahit, qui s’enfonce en moi encore et encore, qui m’enflamme. Et je jouis en pleurant. Et ce n’est pas de joie… Ca aussi c’est un moment de grâce ? C’est instagrammable ?
Dans ces moments là, je pense à la blonde dans Mulholland Drive de David Lynch, qui se masturbe en pleurant, en pensant à la brune. Qui pleure en jouissant. Je devient elle. La blonde c’est moi.
("C’est elle, c’est la fille.")
Regardez-moi, je jouis en pleurant.

Alors, pour ne pas publier une story de moi qui me masturbe en pleurant, ce qui me ferait bannir à la seconde dudit réseau social, je publie des haïkus. Et aussi des photos (de moi) suggestives accompagnées de chansons tristes en espagnol pour qu’il comprenne les paroles et se sente concerné.
Le haïku que j’ai écris et publié hier a surgit du néant. Il est de façon amusante à la fois une ode aux haïkus et une mise en abîme de la forme de ceux-ci.
(Je vous rappelle les règles des haïkus : 3 lignes, 17 syllabes découpées en 5/7/5, idéalement.)

Le voici :

Brève comme un haïku
notre histoire d’amour éclair
ne tient qu’en trois lignes.

Au fond, j’ai su tout de suite que c’était lui qui allait me briser le coeur. Quand je l’ai retrouvé ce samedi de janvier devant le Starbuck d’Odéon, j’ai su. J’ai croisé son regard et je l’ai vu dans ses yeux. Trop tard. Déjà entre nous, il était trop tard. (Très tôt dans nos vies, il a été trop tard.) Et ça me remplit de tristesse.

Est-ce que je lui écris qu’il me manque ? Que nos moments de grâce me manquent ?

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2021-03-12T14:10:00+01:00
https://luzysombra.journalintime.com/Et-rejoindre-la-liste-des-amants-inacheves-Seconde-partie Et rejoindre la liste des amants inachevés. (Seconde partie) Ca fait une semaine aujourd'hui qu'il me l'a dit. Et qu'il me l'a écrit. Derrière cet écran de fumée. Maladroitement. En se contredisant. Le contraire de la clarté. "Je veux toujours te voir, mais pas de la façon comme on le fait maintenant. Je veux qu'on se voit comme des amis." Et ça fait une semaine que je rumine ses raisons qui n'en sont pas. Comment peut-on renoncer à ça ? J'en ai parlé à trois personnes: ma soeur, Fany et Margot. Toutes les trois ont eu la même première réaction, à chaud et sans le travail d'analyse linguistique qui vient après: "Ah ben il en veut plus Ca fait une semaine aujourd’hui qu’il me l’a dit. Et qu’il me l’a écrit. Derrière cet écran de fumée. Maladroitement. En se contredisant. Le contraire de la clarté.
"Je veux toujours te voir, mais pas de la façon comme on le fait maintenant. Je veux qu’on se voit comme des amis."

Et ça fait une semaine que je rumine ses raisons qui n’en sont pas. Comment peut-on renoncer à ça ?
J’en ai parlé à trois personnes : ma soeur, Fany et Margot. Toutes les trois ont eu la même première réaction, à chaud et sans le travail d’analyse linguistique qui vient après : "Ah ben il en veut plus avec toi en fait ! Il voudrait que tu sois sa petite amie!"
Et depuis, je me triture le cerveau. Je m’emmêle les neurones. Je perds mon temps. Car, comme le chante Chavela Vargas dans sa chanson El ultimo trago :"Que dificil tratar de olvidarte, sin sentir que tu ya no me quieres!" ("Qu’est ce que c’est difficile de t’oublier sans sentir que tu ne veux plus de moi!")

C’est une vérité que j’ai parfois vérifié. Je la vérifie aujourd’hui avec lui. C’est dur de l’oublier alors que je ne sens pas que lui il m’a oublié.
Je brûle de lui dire qu’il me manque. Que ce qu’on a partagé me manque. Son corps si jeune. L’odeur lourde de ses cheveux. Les draps mouillés qui nous collent à la peau. Son hébétude à découvrir le plaisir. Ses yeux fermés, sourcils froncés. Nos gémissements. Ma main dans ses boucles noires. Ses dents qui mordent mes lèvres. Ses doigts qui s’enfoncent en moi. Qui s’y perdent. Sa langue sur mes seins. Sa langue dans mon cou. Sa langue partout. Ses iris noirs dans les miens, qui m’interrogent. Son sexe dans ma bouche. Nos doigts qui s’emmêlent. Nos yeux qui basculent. Ses mots dans mon oreilles, ses promesses "Je suis à toi, je suis tout à toi" "Mi reina" "Te quiero" "Me encantas" "Me encanta cogerte" ("J’adore te baiser"). Ces mots que moi je lui dis, qui n’ont pas d’équivalents en français "Eres muy rico sabes ?". Ses mains qui tirent mes cheveux courts. Mes mains qui agrippent ses cheveux longs. "Mords moi, fort". La trace de ses dents dans mon cou. Mon sexe rempli du sien, sensation divine. Son sperme qui coule de moi. Nos doigts confondus qui me caressent avec. Nos baisers sauvages. Le goût de ma chatte dans sa bouche. "Embrasse moi". Mes cris. Mes "sauts de carpe" comme écrirait Albert Cohen. Son regard fier et adorateur. Belle du Seigneur. On n’ira pas jusqu’aux médicaments. On n’ira pas jusqu’au bout de la passion.

(Evidemment, pendant que j’écris ça, Lana Del Rey chante Happiness is a butterfly, la chanson de notre première fois, dans cet hôtel de Pigalle "Baby I just want to dance with you.")

Je l’avais prévenu, pourtant, que j’étais intense. Je lui avais dis, pourtant, que j’étais différente. Ca lui avait plu, apparemment. Je lui avais écris ça; ma tendresse profonde et mon désir immense. Et qu’avec lui, je découvrais une nouvelle manière d’aimer. Una manera de querer que no habia conocido. Ce à quoi il avait répondu :
-"Alors ne mettons pas de titre sur ce que nous vivons ma belle."

Est-ce qu’il sait à quel point je suis inoubliable ? Est-ce qu’il réalise à quel point je suis belle ? Est-ce qu’il prend la mesure de la chance qu’il avait ?
Encore aujourd’hui, mes amants inachevés viennent me parler. Me dire. Me le dire : à quel point je suis quelque-chose de beau dans leurs vies. A quel point ils ne m’ont pas oublié. Comment ils aimeraient me revoir. Comment ils me trouvent encore plus belle qu’avant. Plus belle qu’il y a 12 ans, 13 ans, 14 ans. (Même mon amoureux de CM2 est venu me dire que j’étais toujours aussi jolie, que j’étais devenue une femme sublime). Oui, je ne suis qu’amertume. Car : je ne suis pas la femme qu’on rejette. Pas quand j’ai donné cet amour magnifique que je suis capable de donner à quelques rares personnes.
Je sais que ces hommes, ceux d’il y a 12, 13 ou 14 ans, me regrettent. Malgré les épouses parfois, malgré les enfants souvent. Ces amours inachevés par le passé et regrettés aujourd’hui ont gonflé mon orgueil, m’ont rendu inoubliable dans ma légende personnelle.
Et lui ? Me rendra t-il inoubliable, un peu plus ? Regrettera t-il ? Est ce qu’il regrette déjà ? Me regrette déjà ?
Si j’avais de l’alcool et si j’en avais bu, j’irai lui parler. Lui dire qu’il me manque. Lui dire tout ce que j’ai écris plus haut. Lui dire de ne pas avoir peur. Que ce ne sera que beau. Que ce ne sera que bon. Qu’il en sortira sublimé.
Je l’ai averti la semaine dernière, dans une tentative désespérée de garder le contrôle, de ne pas me faire jeter :
-" L’alchimie que nous avons c’est quelque-chose tu sais ? Tu es jeune mais plus tard tu le comprendras mieux."

Je rêve qu’il regrette. Je rêve qu’il revienne. Je rêve qu’il ait eu peur de souffrir et que c’est la raison de son départ. Je préfère me raconter cette belle histoire plutôt que d’affronter une réalité offensante dans laquelle, simplement, il se serait lassé de moi.

On me dit de l’oublier. On me dit que la relation a été brève et que d’ici quelques jours je n’y penserai plus. On me dit "concentre toi sur tes projets" ou "concentre toi sur ta relation avec Papillon"...
Mais moi, je ne sais pas perdre. J’ai prévenu que j’étais intense. Alors, je joue à ne pas être oubliée. Parce-que, comme l’a écrit Mario Benedetti, j’ai une stratégie. Et pour finir, voici un autre extrait du poème Tàctica y estrategia (que je vous traduit directement en français)

"Ma stratégie est
qu’un jour comme un autre
je ne sais comment
ni ne sais pour quel prétexte
enfin, tu aies besoin de moi."

("Mi estrategia es
que un dia culaquiera
no sé como ni sé
con que pretexto
por fin me necesites.")

Et dire que j’ai cassé mes poignets tandis que je revenais d’acheter de la lingerie sexy pour lui ! Blanche, car il aime le blanc.

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2021-03-10T19:32:00+01:00
https://luzysombra.journalintime.com/Le-dinosaure Le dinosaure Je suis pleine de tristesse aujourd'hui. Le soleil n'y fait rien. Au contraire; il accroit ma peine, il la met en lumière. Tout est terne au soleil de midi. Terne et cru à la fois. La poussière vole dans les rayons blancs, multitude d'insectes étouffante. Multitude aux relents bibliques. Les taches sur les meubles sont poisseuses; thé, café, sucre, restes de nourriture. L'évier n'est que calcaire et mes cheveux sont gris. Tout est terne avant 17h30. Et puis. Et puis après, tout resplendit. Dans la lumière dorée, la poussière disparait, les taches s'évanouissent, l'évier brille Je suis pleine de tristesse aujourd’hui. Le soleil n’y fait rien. Au contraire; il accroit ma peine, il la met en lumière. Tout est terne au soleil de midi. Terne et cru à la fois. La poussière vole dans les rayons blancs, multitude d’insectes étouffante. Multitude aux relents bibliques. Les taches sur les meubles sont poisseuses; thé, café, sucre, restes de nourriture. L’évier n’est que calcaire et mes cheveux sont gris. Tout est terne avant 17h30. Et puis.
Et puis après, tout resplendit. Dans la lumière dorée, la poussière disparait, les taches s’évanouissent, l’évier brille de nouveau et mes cheveux aussi. Seule ma peine reste intacte; terne et crue. Ma peine crasseuse, à peine dissimulée.
Papillon s’énerve. Il ne comprends pas que je sois triste comme ça. Il se sent impuissant. Ca rejailli sur lui, cette tristesse du rejet que je dois lui cacher. Impérativement lui taire. Il s’énerve et moi je ne dis rien. Je hurle dans ma tête une lamentation, tout en ne disant rien.
(Parce-que; dire à mon mec "Je me suis faite larguer" c’est quand même ubuesque.)

Je n’ai pas envie de parler de A. Tout me ramène à A. Tout me ramène à lui. Alejandro, qui ne sait pas qu’il sait voler.
Je pense au film El lado oscuro del corazon (Le côté obscur du coeur) de l’Argentin Eliseo Subiela. Cette citation qui m’avait tant marqué, et tant interrogé :
"...en esto soy irreductible, no les permito, bajo ningún pretexto, que no sepan volar. Si no saben volar, pierden el tiempo conmigo.”
("...en ça je suis inébranlable, je ne leur permet pas, sous aucun prétexte, qu’elles ne sachent pas voler. Si elles ne savent pas voler, elles perdent leur temps avec moi.")
Cette phrase m’avait interrogé à l’époque, et profondément angoissé. Je parle d’une époque relativement lointaine. Cette époque, 2007, où je vivais au Mexique et où je me sentais tétanisée par l’aura de mon amant d’alors, Carlos, profondément poète, intelligent et politisé. (J’avais 21 ans, il en avait 20.) Elle m’avait interrogé car je m’étais demandé si je savais voler moi aussi, au sens où l’entendait le héros du film en parlant de ses amantes. Et elle m’avait angoissé car j’imaginais que Carlos me rangeait bien évidement dans la catégorie des filles qui ne savaient pas voler.
Cette question est restée. "Est ce que je suis une fille qui sait voler ?" Et même si aujourd’hui, je crois avoir ma réponse (et je connais celle de Carlos), elle me hante encore parfois. Et l’angoisse me prends de ne pas avoir d’ailes.

Mais bref. Alejandro. La grande énigme. Après avoir écrit sur le film argentin, après avoir évoqué mon souvenir mexicain, je ne suis plus si sure, finalement, qu’Alejandro sache voler. Mais bien sur, la peine et la déception me font me dire qu’il sait.

Je crois que je vais, dans une tentative stérile et pitoyable de le faire réagir, publier en story sur Instagram la citation du film. "Si no saben volar, pierden el tiempo conmigo."

Et alors me vient cet extrait du poème de Mario Benedetti, également tiré du film ( je le traduis directement là) :
Tactique et Stratégie

"ma tactique est
de m’arrêter dans ton souvenir
je ne sais comment et je ne sais
sous quel prétexte
mais de rester en toi"

Mario Benedetti

C’est surement ce poème que je vais publier sur Insta finalement. Dans une tentative stérile et pitoyable de le faire revenir. Il a 20 ans, l’âge de Carlos à l’époque. Et il ne possède pas le quart de la grâce, de la finesse et de la profonde intelligence de ce dernier. Et si il a des ailes, elles ne mesurent pas le quart de la taille des ailes fabuleuses avec lesquelles Carlos m’a fait voler il y a bientôt 14 ans. Et pourtant, je suis dans cet état d’abattement.

C’est curieux l’écriture, où ça nous emmène, quand la seule chose que je voulais partager ce soir, c’est la micro nouvelle du Guatémaltèque Augusto Monterroso, Le dinosaure. C’est une des nouvelles les plus courtes au monde, elle comprend moins de 10 mots.
Le dinosaure

Quand il se réveilla, le dinosaure était encore là.

Je suis épatée. Je suis folle de cette petite nouvelle. Incroyable par sa présence et sa force.

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2021-03-06T20:08:00+01:00
https://luzysombra.journalintime.com/Et-rejoindre-la-liste-des-amants-inacheves-Premiere-partie Et rejoindre la liste des amants inachevés. (Première partie) L'incompréhension et la colère du rejet. Ce n'est pas mon coeur qui souffre, c'est mon égo. Ca fait moins mal à long terme mais c'est plus vif sur le coup. 03/03/21 Il me dit, comme je l'avais pressenti, qu'en fait demain il ne pourra pas me voir. Mais qu'il aimerait bien qu'on se voit quand même 30 minutes ou une heure, tôt le matin. Car c'est vrai, il pense, qu'il faut qu'on parle de quelque-chose d'important. Je lui réponds qu'il s'imagine bien que je ne vais pas sortir de chez moi aux aurores pour me faire jeter. Qu'il n'à qu'à m'écrire ce qu'il à me dire. S'ensuit tout un L’incompréhension et la colère du rejet.
Ce n’est pas mon coeur qui souffre, c’est mon égo. Ca fait moins mal à long terme mais c’est plus vif sur le coup.

03/03/21
Il me dit, comme je l’avais pressenti, qu’en fait demain il ne pourra pas me voir. Mais qu’il aimerait bien qu’on se voit quand même 30 minutes ou une heure, tôt le matin. Car c’est vrai, il pense, qu’il faut qu’on parle de quelque-chose d’important.

Je lui réponds qu’il s’imagine bien que je ne vais pas sortir de chez moi aux aurores pour me faire jeter. Qu’il n’à qu’à m’écrire ce qu’il à me dire.
S’ensuit tout un cirque pour absolument me parler de vive voix. (Le mec pense que ça le rends plus classe.) Il m’appelle. Comme je suis dans le métro, évidemment je ne réponds pas. En arrivant chez moi, où Papillon joue paisiblement à un jeu vidéo sans avoir la moindre idée de la rage et de la frustration qui m’habitent, des messages audio m’attendent sur Instagram. La classe, je vous dis. Je m’enferme dans la chambre pour les écouter, tout en prévenant Papillon que je risque d’être de mauvaise humeur.

Premier audio :
"Non ce n’est pas du tout que je ne veux plus te voir. Je veux toujours te voir, mais pas de la même façon qu’on le fait. J’ai réfléchi ces derniers jours. Je sais pas comment expliquer, je me sens pas bien du tout. Comme je te l’ai dis je ne veux pas de relation et je trouve qu’on s’est beaucoup attaché déjà. Et toi tu as un copain. Et moi j’ai pas de copine. Et je me sens pas bien du tout. J’ai essayé, j’ai vraiment essayé, car tu es la première personne avec qui je fais ça et qui a un copain et moi je suis avec elle aussi… Et je me sens pas bien du tout..."

Deuxième audio:
"...c’est compliqué. Parce-que je t’aime bien comme personne plus qu’autre chose. Parce-que je peux aimer les choses que je fais avec toi, ça c’est sur, mais je te préfère comme personne. Car on avait dit depuis le début qu’on ne tomberait pas amoureux, et c’est ce dont j’ai l’impression dans ma tête. Car je pense qu’on s’est attaché beaucoup depuis le début et je trouve ça pas bien, car tu as une relation. Et moi je veux pas de relation. Comme je t’ai dis, j’aimerai bien qu’on se revoit mais comme des potes (...) Pero no quiero seguir confundiendandome mas. Eso es el problema. (Mais je ne veux pas continuer à être de plus en plus confus, c’est ça le problème.)"

Troisième audio:
"Toi tu es magnifique, mais je pense pas que c’est une bonne idée si on continue ensemble. De toute façon j’aimerai bien savoir les choses que tu penses. Moi je t’ai dis déjà ce que je pense. Et si c’est ça marche pour toi, c’est vrai que j’aimerai bien te voir un prochain jour et en parler avec toi de vive voix autour d’un café par exemple car c’est pas bien de faire ça par téléphone. Et tu as raison, je ne vais pas te faire sortir le matin 30 minutes juste pour ça..."

Quatrième audio:
"Je vais attendre ta réponse, ce que tu penses, car je veux pas te faire du mal. Et je veux pas de confusion en fait, c’est comme on a dit depuis le début, on n’est pas en relation, on tombe pas amoureux. Je veux pas faire plus de confusion pour toi et pour moi. D’accord ? ... C’est chiant de parler de ça. (petite voix triste et confuse) Bon de toute façon la manière dont je te vois et ce que je sens pour toi ça change pas du tout, parce-que comme je t’ai dis, je t’aime bien, je t’aime beaucoup même, mais je ne t’aime pas avec du vrai amour. Car on ne doit pas tomber amoureux, et c’est ce que je fais..."

Cinquième audio:
"C’est ça que j’ai essayé. (soupir). J’espère que… j’espère que ça ira bien pour toi. Et j’espère pouvoir te voir, et continuer à parler mais comme des amis, c’est ça que je veux ! Je veux pas qu’on arrête ici et qu’on se voit plus jamais. Non je veux te voir encore ! Parce-que j’ai passé du bon temps avec toi, aussi comme la première fois qu’on s’est vu. Mais je pense qu’on est allé un peu trop vite. Et ça c’était le problème. Bon dis moi après qu’est ce que tu penses...."

Comprenne qui pourra.

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2021-03-05T16:00:47+01:00
https://luzysombra.journalintime.com/Le-sang-papier Le sang(-papier) Pas d'alcool. Plus de café. L'ennui. C'est le dernier jour de février. Tant mieux. Je n'affectionne pas particulièrement ce mois. Je le trouve trop court. J'aime les mois longs. Ceux où il y a beaucoup de jours. Qui donnent l'impression que la vie est longue. Février me rappelle trop, par sa fugacité, que la vie n'est pas longue en fin de compte. Hier, Fany est passé à la maison. On a parlé d'Alejandro. C'est triste et morne, cette idée que c'est surement fini. Ces journées à l'hôtel, finies. Cet érotisme enivrant, fini. Ces rencontres attendues impatiemment et ce sexe Pas d’alcool. Plus de café. L’ennui.
C’est le dernier jour de février. Tant mieux. Je n’affectionne pas particulièrement ce mois. Je le trouve trop court. J’aime les mois longs. Ceux où il y a beaucoup de jours. Qui donnent l’impression que la vie est longue. Février me rappelle trop, par sa fugacité, que la vie n’est pas longue en fin de compte.

Hier, Fany est passé à la maison. On a parlé d’Alejandro. C’est triste et morne, cette idée que c’est surement fini. Ces journées à l’hôtel, finies. Cet érotisme enivrant, fini. Ces rencontres attendues impatiemment et ce sexe éblouissant, finis. Ce plaisir immense, fini.
(J’écoute Billie Eilish, parce-que lui l’aime bien. Je n’aime pas particulièrement, ça m’ennuie. Je suis pathétique.)

Lors de notre dernier rendez-vous érotique, le 15 février, il a tout gâché. Ce qu’il m’a demandé a tout gâché. En une question, il a déchiré cette précieuse toile de sensualité qu’on avait tissé, dans laquelle on s’enroulait voluptueusement une fois par semaine.
-"Est ce que tu pourrais te marier avec moi pour que j’ai les papiers ?"

Samedi 30 janvier
J’ai mes règles. Je les ai eu le jour de la Pleine Lune. Une sorcière.
J’ai rendez-vous avec A. dans un hôtel de Bercy. Un bel hôtel d’ailleurs; chambre immense, lit immense et confortable, draps blancs, canapé noir. Je l’ai prévenu que j’avais mes règles. Mais peu importe, on se déshabille quand même, dans l’intention de se dévorer quand même. Cette impression de transgresser quelque-chose; un interdit, le tabou ultime. J’impose mon sang menstruel à un (très jeune) homme. Je ne me sens absolument pas gênée. Il m’annonce que simplement il ne me lèchera pas. Ca me dérange un peu. J’aime les hommes qui aiment le sang. Qui n’ont pas peur d’une chatte ensanglantée. Mais : Je dis que je comprends. Je ne veux pas lui faire peur.
La pénétration est encore meilleure dans l’onctuosité du sang. C’est ce jour là qu’il commence vraiment à prendre du plaisir, qu’il découvre ce que c’est de faire l’amour. Ca m’excite tellement, son visage tout étonné de ce qu’il ressent, déformé par le plaisir. Ses sourcils qui se froncent, de cette manière là, l’unique manière reconnaissable du plaisir sexuel. C’est ce jour là, aussi, qu’il jouit pour la première fois en moi. Qu’il jouit pour la première fois en quelqu’un d’ailleurs. C’est ce qu’il me dit.
Moi, je ne suis pas rassasiée, alors il se penche vers moi. Je suis confortablement allongée dans les draps blancs, maculés de sang, et il se penche vers moi et plonge ses doigts en moi, trois, quatre, toute sa main. Je n’en peux plus de gémir, de sentir ses doigts qui glissent, dans le mélange de sang et de cyprine qui ne s’arrête plus de couler de moi. Après quelques minutes à savourer sa main, c’est son sexe que je sens. Il me pénètre à nouveau. "Tu m’as trop excité", il me dit. Il ajoute que je le rends amoureux, "me enamoras!". Je ne réponds rien. Je ne peux rien répondre à ça. Même si ça me plaît, même si c’est exactement ce que je veux entendre.
Tout ce sang répandu sur les draps blancs, toutes ces taches. Je me sens étrangement puissante; capable de perdre autant de sang et de resplendir dans le même temps d’une telle énergie.
Ces taches de sang, de mon sang, éparses sur ces draps blancs m’évoquent aussi Giono. Un instant je pense à Un roi sans divertissement. Les draps blancs se transforment en neige, mon sang menstruel devient celui d’une blessure, ou d’une oie ? Je ne sais plus. Un roi sans divertissement est un homme plein de misère.
Et une femme sans amant ?
Je lui murmure "eres mi carino sabes ?" (Désolée sur mon clavier il n’y a pas le tilde pour mettre l’accent sur le n. On prononce carinyo.) Il me réponds qu’il est à moi, tout à moi. "Soy tuyo, soy todo tuyo." Et je gémis "répète le moi, dis le moi encore..." Du plaisir à perdre la tête. A l’instant où il me dit qu’il est à moi, j’oublie Giono et son triste roi plein d’ennui. Je perds la tête. J’ai l’impression de vivre une scène d’amour fou. L’amour fou, celui où Nadja, détrônée, n’a plus sa place. Je me laisse envahir par l’ivresse démesurée de l’instant. Son corps, le mien, ses cheveux dans mes yeux, sa sueur sur mes lèvres et ce mouvement mécanique de va et vient banal. Cet aller-retour lancinant, sans fantaisie, sans autre possibilité que lui-même; trajet rectiligne immémorial, genèse de toute vie, bon à crier, bon à hurler.

Avant de quitter la chambre, on prends une douche. Je lave ses cheveux. Il y a du sang même dans la salle de bain. Moi ça me fait rire. Une scène de crime dans cette chambre. Un rituel sacrificiel.

Un roi sans divertissement est un homme plein de misère. Et une femme sans amant ? Maintenant que les choses son différentes ? Maintenant qu’il a tout gâché avec sa demande absurde du 15 février. Maintenant que je lui ai dit non, dimanche dernier, durant cette épopée ridicule en banlieue parisienne pendant laquelle je l’ai aidé à essayer de récupérer ses papiers volés. Journée stressante et sans aucune beauté où il m’est apparu comme un petit garçon dépendant, comme un boulet. (Journée qui ne vaut pas la peine d’être racontée d’ailleurs, mieux vaut l’oublier.)
En résumé : Il est en situation irrégulière, il a cru que je pourrai arranger les choses en l’épousant en blanc. Mais bien évidemment je ne peux pas...
Je n’en reviens pas comme il a tout gâché.
Et depuis, il m’ignore, très probablement car je ne suis pas la sauveuse qu’il imaginait. J’ai bien vu sa déception quand je lui ai dis non. Malgré toute mon empathie, ma tendresse, malgré mes raisons sensées et légitimes, lui il a vu le non.

Et je suis déçue, extrêmement frustrée de perdre tout ça.
Il pouvait pas fermer sa gueule sérieux ?

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2021-02-28T18:53:21+01:00
https://luzysombra.journalintime.com/La-mere La mère Quand j'avais 15 ans, ma mère me tannait pour que je lise La mère, de Pearl Buck. Bien entendu, il en était hors de question. Tout ce que me suggérait ma mère, je le rejetais avec la méticulosité d'un horloger. Dans un effort méthodique, constant et je dois dire efficace pour m'affranchir et m'affirmer. Elle m'avait même conseillé d'en parler à ma professeure de français, Madame J. que j'idolâtrais et qui me rendais assez bien l'admiration que je lui portais. (J'étais sa meilleure élève). Pensant que si la suggestion venait d'elle, j'accepterai alors de me lancer dans la Quand j’avais 15 ans, ma mère me tannait pour que je lise La mère, de Pearl Buck. Bien entendu, il en était hors de question. Tout ce que me suggérait ma mère, je le rejetais avec la méticulosité d’un horloger. Dans un effort méthodique, constant et je dois dire efficace pour m’affranchir et m’affirmer. Elle m’avait même conseillé d’en parler à ma professeure de français, Madame J. que j’idolâtrais et qui me rendais assez bien l’admiration que je lui portais. (J’étais sa meilleure élève). Pensant que si la suggestion venait d’elle, j’accepterai alors de me lancer dans la lecture de La mère, ma mère s’était montré plutôt maligne. Mais rien à faire, il était hors de question que je lise ce livre, dans cette édition vieillotte qui ne m’attirait guère.

(Je vous épargne mes jérémiades, mais écrire avec des attelles, avec en plus ce risque que, de ma maladresse je n’efface tout, c’est vraiment fatigant.)

Et puis, 15 ans plus tard, alors que j’avais 30 ans, j’ai avorté. 15 ans après l’épisode de La mère.
C’est peut-être parce-que la date anniversaire de mon avortement se rapproche doucement que j’y pense.
(J’ai avorté le 20 mars 2017. L’équinoxe de printemps. La renaissance.)
Durant ma courte grossesse, tandis que j’ignorais encore être enceinte, j’ai eu un rejet total de la lecture. Un véritable dégoût. Tandis que certaines se mettent à détester les radis, la moutarde ou encore les cornichons, moi c’était la lecture. Ca me donnait la nausée. Quel calvaire; être soudain incapable de lire sans en comprendre la raison.
Quelques jours après mon avortement, j’ai essayé de lire à nouveau, la peur au ventre. La peur de ne plus, jamais, y arriver. La peur d’avoir perdu ça pour toujours. Plutôt mourir ! Dans ma bibliothèque, j’ai choisi La douleur, de Marguerite Duras. Ca n’a pas fonctionné. Je me suis alors rappelé cette vieille édition de La mère de Pearl Buck, que je n’avais jamais lu. Il y a 4 ans, nous étions 8 ans après la mort de ma mère. Et : je n’avais encore jamais lu ce livre que je traînais pourtant depuis toute ces années dans ma bibliothèque.

Il attendait ce moment là, patient, immobile, dans l’amour infini et bienveillant que ma mère, en me le transmettant, lui avait insufflé.

Alors, avec précaution, avec appréhension, j’ai ouvert le livre. J’ai ouvert La mère. Et avec quelle puissance je suis retombé dans l’amour de la lecture ! J’ai dévoré La mère, emportée par la passion, par l’intensité de cette histoire d’amour maternel terrassant et désespéré.

Après ça, j’ai pu relire comme si rien ne s’était jamais passé. Comme si ce dégoût immonde aux relents de malédiction, cette répulsion à l’allure immuable, n’avaient existé que dans un mauvais rêve, parti en fumée avant même le réveil.
(Le soulagement de ma vie!)

Et ce n’est que bien plus tard, des mois je crois, que j’ai saisi la singulière coïncidence des évènements. L’étrange concomitance entre mon avortement et ce premier livre que j’ai lu juste après, La mère.
Je renonçais à être mère et j’en dévorais une de papier, toute entière avec elle. Toute entière plongée dans sa maternité à elle tandis que j’avais renoncé à la mienne.
Et j’ai pensé :"Tu avais raison maman, ce livre est merveilleux, indispensable." 15 ans plus tard, j’ai remercié ma mère pour son conseil précieux. Précieux au delà de ce qu’elle n’aurait jamais pu imaginer. Car il est le livre qui m’a sauvé. Sauvé de mon chagrin, sauvé de la dépression qui me guettait, de la panique qui montait à l’idée d’être incapable de relire un jour, comme si c’était là ma punition divine pour avoir voulu jouer à Dieu.
D’une mère à une autre. De ma mère à moi, de La mère à moi. D’une mère immortelle à une mère inachevée. D’une mère éternelle à une mère avortée.
La mère m’a fait renaître.

Sinon, que je vous dise encore, comme les vagues qui reviennent, intarissables : je crois qu’avec A. c’est mort… Le désir ça se nourrit, ça s’alimente, même quand on ne se voit pas. Sinon à quoi bon ?
Je pense à ce que lui, il perds. S’il me perds, sa perte est plus grande que la mienne.
J’attends de voir. Mais tout me paraît très fangeux là.

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2021-02-26T18:44:45+01:00
https://luzysombra.journalintime.com/Frida-Kahlo Frida Kahlo Ca y'est, j'en sais plus sur mes poignets. Et ce n'est pas une entorse. Non. Quand j'ai glissé sur cette plaque de verglas mercredi 10 février, et que je suis tombé avec cette violence inouïe qui m'a fait vomir, je me les suis cassé. Cassé. Moi qui suis masseuse et dont les mains sont les précieux outils de travail. Cassé. Cassés, mes poignets. Mes radius plus précisément. J'ai appris ça l'autre soir, après avoir passé un scanner, une semaine après ma chute. Il existe une symétrie en toute chose, c'est fabuleux: je me suis cassé les deux radius au même endroit. Comme ça pas Ca y’est, j’en sais plus sur mes poignets. Et ce n’est pas une entorse. Non. Quand j’ai glissé sur cette plaque de verglas mercredi 10 février, et que je suis tombé avec cette violence inouïe qui m’a fait vomir, je me les suis cassé. Cassé. Moi qui suis masseuse et dont les mains sont les précieux outils de travail. Cassé. Cassés, mes poignets. Mes radius plus précisément. J’ai appris ça l’autre soir, après avoir passé un scanner, une semaine après ma chute. Il existe une symétrie en toute chose, c’est fabuleux : je me suis cassé les deux radius au même endroit. Comme ça pas de jaloux ! Heureusement, ce sont des petites fractures, on peut espérer que je n’aurai droit qu’à 6 semaines d’immobilisation… Et pas un rond, car je suis indépendante et que bien sur, je n’ai pas de mutuelle.
(Oui, écrire me fait un peu mal et est surtout inconfortable car j’ai des attelles.)

Le lendemain de ma chute, j’ai fais des autoportraits de moi inspirés par Frida Khalo. Quand je m’inspire, je vois les choses en grand… Avoir des os cassés réveille ma créativité.

Passons maintenant aux choses intéressantes. Alejandro. (Qui n’est pas tout à fait son prénom, mais pas loin.)
Je l’ai vu lundi. Lundi j’ignorais encore que mes radius étaient cassé. Que j’avais des os cassé. Et tôt le matin, pendant que Papillon dormait encore, je me faisais belle pour aller retrouver mon (très) jeune amant dans un hôtel du 12ème.
Mettre des collants : difficile. Agrafer un soutien-gorge : très difficile et extrêmement douloureux. Enfiler une culotte Chantal Thomas légèrement trop étroite pour ma croupe : laborieux. Appliquer de la crème sur mon corps : long et fastidieux. Mettre un collier : impossible, tant pis.

J’écoute James Blake. Quand j’écris sur A., je n’écoute que James Blake ou Jeff Buckley.

(James Blake : Barefoot in the park feat. Rosalia)
Alors lundi. Encore meilleur que d’habitude. J’aime sa façon de faire l’amour. Je ne peux pas encore dire "de me faire l’amour". C’est un peu tôt. Il est encore dans la découverte des possibilités que lui offre son corps : les possibilités de mouvement, les possibilités de plaisir. Les multiples nuances du plaisir qu’il découvre avec moi. Et j’adore ça. C’est moi finalement qui lui fait l’amour, même si je ne lui montre pas trop.
On a des moments d’extase. Instants sublimes qui s’étirent à l’infini , sans avant, sans après. Bulles dans lesquelles on flotte, noyés dans un plaisir indicible et sans attente. (Je suis accro.) Sans attente de l’orgasme, sans course à la jouissance. C’est ce que j’aime par dessus tout avec lui, ce côté tantrique où l’on est dans rien d’autre que dans l’instant présent. Ce côté sacré. Ca dure des heures avec lui. Il a 20 ans. Il a le temps de rendre beaucoup de femmes heureuses s’il emprunte ce chemin là. Bien sur je rougirais si je devais lui dire. Et bien sur je suis jalouse de son futur. Quand moi je serai vielle, quand lui il sera homme. (Et maintenant j’ai Ronsard dans la tête : Quand vous serez bien vieille le soir à la chandelle...)
Lundi j’ai enfin joui. Avec lui ça ne m’était pas encore arrivé. Peut-être que je ne me l’étais pas permis. Peut-être qu’une culpabilité cachée m’en empêchait… Il aura fallu que je me casse les poignets pour que mon corps, considérant que je me suis suffisamment puni pour mes pêchés, débloque cet orgasme que j’avais coincé. Moralité judéo-chretienne patriarcale et monogame, quand tu nous tiens !

Après ça, tous les deux comblés, dans les bras l’un de l’autre, on respirait. Il regardait mes sourcils. "Tu t’épiles ?" il m’a demandé.
-"Oui."
-"Sinon tes sourcils se rejoignent comme ceux de Frida Kahlo non ?"
-"Oui", j’ai répondu en souriant.
-"Pourquoi tu les épiles ?" il a ajouté.
-"A cause du patriarcat." j’ai reconnu.
Ca l’a fait rire.
J’ai adoré cet instant.

J’ai trop mal aux mains pour continuer. Et ce final est parfait.
Peut-être ajouter une chose : ce qu’il m’a dit lors de notre quatrième rendez-vous clandestin dans un hôtel de Madeleine. Je voulais savoir pourquoi il couche avec moi alors que des belles femmes qui aimeraient se le faire, il y en a d’autres.
"Pour moi toutes les femmes sont belles mais tu es plus belle que la normale."
Y’a t-il une forme d’amour derrière ça ?

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2021-02-20T15:17:00+01:00
https://luzysombra.journalintime.com/L-Amante-troisieme-et-derniere-partie L'Amante (troisième et dernière partie) Qu'est ce que la déconstruction ? C'est l'acte de déconstruire tout ou une partie de ce sur quoi on a bâti notre identité, notre personnalité, notre idée de nous même. C'est démonter, pièce par pièce, le personnage que l'on a créé afin de révéler, à soi et au monde, l'être que l'on est vraiment; libéré de la prison qu'on a érigé autour de soi, à grands renforts de convictions, de fausses croyances et d'injonctions en tout genre. C'est s'affranchir de "la cage mentale" (Expression de Wendy Delorme dans Insurrections! En territoire sexuel, que je n'ai pas lu mais dont j'ai Qu’est ce que la déconstruction ? C’est l’acte de déconstruire tout ou une partie de ce sur quoi on a bâti notre identité, notre personnalité, notre idée de nous même. C’est démonter, pièce par pièce, le personnage que l’on a créé afin de révéler, à soi et au monde, l’être que l’on est vraiment; libéré de la prison qu’on a érigé autour de soi, à grands renforts de convictions, de fausses croyances et d’injonctions en tout genre. C’est s’affranchir de "la cage mentale" (Expression de Wendy Delorme dans Insurrections ! En territoire sexuel, que je n’ai pas lu mais dont j’ai appris la référence dans l’excellent Eloge poétique du lubrifiant, de Lou Sarabadzic) qui nous contenait jusqu’alors.

Alors, le 16 janvier dernier, quand Alejandro entre en moi dans cette chambre d’hôtel aux rideaux tirés, je commence ma déconstruction.

16/01/21
Sur le lit. Sur lequel on n’a même pas mis les draps. Des baisers. Des caresses. Déconcertées et fébriles à la fois. Sa bouche dans mon décolleté. Je ne sais plus si c’est moi ou si c’est lui qui retire mon pull noir.
Sa peau. Sa maladresse à retirer mon soutien-gorge. C’est moi qui m’en charge. Tendresse extrême. Sa manière enfantine de prendre mon sein dans sa bouche, en me fixant des yeux. Ses yeux qui m’interrogent. Qui cherchent l’approbation.
On se retrouve allongé, l’un en face de l’autre, à se regarder sans réaliser que ce n’est pas un rêve. Moi nue, lui encore dans son jean. Ouvert sur son sexe incroyablement doux. "Je ne porte jamais de boxer." il me dit. Un Indien dans la ville. Lui, sa grâce, sa voix fragile au timbre mâtiné de nuances andines dans ses chanson d’amour tragiques.
Il m’annonce, avec ce qui m’apparaît de la témérité, qu’il n’a pas d’expérience, mais qu’il ne veut pas le montrer car les femmes, selon lui, n’aiment pas ça.
Alors que moi, je tremble face à lui. Je tremble d’anxiété, d’hébétude, de désir. Je tremble d’une ivresse craintive que je ne pensais plus connaître. Je tremble sur sa jeunesse, absurde; il a à peine 20 ans j’en ai 34 passés. Je rêvais de l’Amant, du Mekong, du soleil. De l’amour l’après-midi dans une garçonnière de Saïgon. Je rêvais de l’Amant et finalement l’amant c’est moi. (Regardez le, il a 20 ans à peine. Regardez moi, j’ai presque 35 ans. Que je vous dise encore...) Le soleil à travers les persiennes, les cris du quartier de Cholon, le matelas fin et les murs bleus, tout ça se répand dans ma tête tandis que ses doigts glissent en moi. Et je deviens rivière. Moi qui me connaissais ruisseau timide, moi qui me pensais petit cours d’eau poli. Lui, il me rend rivière. Le plaisir est instantané. Immédiat, fluide et évident. Je ne me suis pas trompé. Un avantage que me confère la trentaine je crois.
"Pourquoi moi ?" il me demande. "Porque yo ?" Il ne comprends pas. Pourquoi une femme aussi belle que moi, en couple depuis des années, veut d’un novice pareil. Il ne se trouve pas beau. Il se trouve trop gros. Mais moi, je suis incapable de lui répondre, submergée par l’émotion. Je ne peux pas, à cet instant là, lui dire pourquoi lui. J’ai le souffle coupé. Je ne m’attendais pas à être saisie avec cette violence là par un sentiment aussi fort. Auquel je suis incapable, encore aujourd’hui un mois plus tard, de donner un nom.
Comme il voit que je suis muette, que me yeux essaient de lui transmettre la puissance de mon désir sans qu’aucun mot ne sorte, il me rassure. Me prends dans ses bras. M’apaise. Comme si c’était moi l’enfant. Comme si c’était moi qui avait tout à apprendre.
"Et pourquoi moi ?" je l’interroge à mon tour. Je veux connaître aussi ce qui l’a poussé dans mes bras.
"Comment je pourrais ne pas le vouloir ? " voilà sa réponse. "Tu es magnifique" il ajoute, tandis qu’empalée sur sexe, je lui demande ce qu’il aime. "De toi, j’aime tout, tout ce que tu fais, tout ce que tu me fais."

Ce que je retiendrai, ce que je raconterai par la suite à une amie de confiance, la seule qui peut entendre ce que je vis avec A., c’est "Comment je pourrai ne pas le vouloir ?" Ca m’a pris à la gorge, comme un lasso oblige une bête sauvage à s’incliner face contre terre. Une des plus belles choses, des plus honnêtes et spontanées, qu’on m’ait dit depuis longtemps dans le domaine du désir. Ca m’a serré le coeur, ses yeux noirs et transparents plongés dans les miens tandis que cette réponse sortait de lui. Pure, intacte, non encore souillée par la réflexion, la séduction, l’enjolivement. Avec cette simple phrase, il m’a eu toute entière. Et je sais que, quand son nom aura disparu et son visage aussi, je me rappellerai de cette phrase, de cet après-midi dans une chambre d’hôtel de Pigale. Et lui, est-ce qu’il s’en souviendra ? Quand mon nom se sera effacé et aussi mon visage ?

"Il y a une règle, je lui dis, ne pas tomber amoureux."
"Ne t’inquiète pas." C’est sa réponse.
"Tu es d’accord pour être mon amant ? Pour être mon secret ?"
"J’adorerai ça."

On fait l’amour, dans la découverte du corps de l’autre. Jamais je n’ai vécu une première fois avec quelqu’un qui soit aussi évidente.
Evidemment, quand ça commence à devenir vraiment bon, on frappe à la porte. Il faut libérer la chambre. On se détache, à regret. C’est presque douloureux de ne plus être reliée à son corps.
On se rhabille. On se précipite. Masques, bonnets, gants, écharpes, secret à porter, nouveau et délicieux.
Il fait encore jour quand on sort dans la neige, chargés de la joie enfantine de ce qui nous lie désormais. Pour lui je ne sais pas trop. Pour moi une énergie nouvelle, des perspectives d’extase clandestines. Et aussi; le risque de douleurs qu’il me faudra cacher.
On marche jusqu’à Pigalle. Il me raccompagne jusqu’à mon métro. Ses yeux qui sourient quand on se dit au revoir, quand on se marre sur l’âge de mes neveux, tous les deux plus vieux que lui.
Je rentre à la maison. Je glisse dans la neige et ça me fait rire. Je me sens belle. Un léger suçon sur le sein. Je trouverai une excuse si jamais ça se voit.

J’ai besoin de toi mais je ne te connais pas encore.

Le soir même, on parle sur Instagram. Il m’envoie une chanson qu’il vient d’écrire. Ca parle de l’amour et du manque qu’un homme a pour une femme sans jamais l’avoir rencontré. Comme si elle appartenait à une vie passée.

Papillon vient se coucher. On éteint la lumière. Il me prends dans ses bras. Il prends dans ses bras ce corps qui quelques heures avant était étreint par un autre homme.

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2021-02-16T20:29:39+01:00
https://luzysombra.journalintime.com/L-Amante-deuxieme-partie L'Amante (deuxième partie) 16/01/21 (suite) La chambre est froide. Les rideaux tirés. Une neutralité dont Edward Hopper se serait emparé. C'est plutôt une suite; une salle à manger/salon/cuisine avec un petit canapé rouge et, séparée par une verrière, une chambre que j'ose à peine regarder. Un lit que je n'ose pas voir et qui me rappelle pourquoi je suis là, pourquoi je l'ai emmené lui, dans ce temple des amours anonymes. On enlève: bonnets, masques, gants, manteaux, chaussures et écharpes. C'est tout pour l'instant. Je propose un thé. Il y a une machine à thé. On s'assoit à la petite table. Je sais 16/01/21 (suite)
La chambre est froide. Les rideaux tirés. Une neutralité dont Edward Hopper se serait emparé. C’est plutôt une suite; une salle à manger/salon/cuisine avec un petit canapé rouge et, séparée par une verrière, une chambre que j’ose à peine regarder. Un lit que je n’ose pas voir et qui me rappelle pourquoi je suis là, pourquoi je l’ai emmené lui, dans ce temple des amours anonymes.
On enlève : bonnets, masques, gants, manteaux, chaussures et écharpes. C’est tout pour l’instant.
Je propose un thé. Il y a une machine à thé. On s’assoit à la petite table. Je sais bien que c’est étrange. Ca pourrait ne pas l’être, ça aurait pu ne pas l’être. Mais l’incertitude et la retenue, acquises durant mes 34 années de vie, jettent un voile sur cet après-midi. Sur cet instant.
Il me parle de ses études au Pérou. (C’est de là qu’il vient.) De la fac de cinéma, qu’il a vite arrêté. Et de ce qui l’a conduit ici, en France. A Paris. Et pendant tout le temps qu’il me parle, je tremble. Je tremble ses yeux noirs, ses cheveux longs attachés sans soin, ses sourcils ombrageux, la douceur un peu rêche de sa voix, son accent décomplexé. Je tremble alors que je me l’étais interdit. Je tremble comme je n’ai plus tremblé depuis bientôt 7 ans. (Depuis Papillon.)
Il faut bien que le thé se termine. Il faut bien que l’heure avance.
Je propose d’écouter de la musique. On se pose timidement sur le petit canapé rouge. Je ne sais pas quoi écouter. D’un seul coup je n’ai plus confiance en mes goûts, en ce qui me fait vibrer. En même temps que mes moyens, je perds ma légitimité. Un truc facile, un truc qui plaît; Happiness is a butterfly, de Lana del Rey.
Je suggère ensuite Jeff Buckley, parce-que je trouve que lui, il a une voix similaire à la sienne quand il chante; un timbre fragile et cristallin, Halleluiah. Il ferme les yeux. Je sais qu’il a mal à la mâchoire car on lui a retiré ses dents de sagesse de droite il y a peu. J’ai envie de le caresser, de toucher délicatement sa joue. Je n’ose rien. Une adolescente, une vierge. A son tour il me fait écouter de la musique qu’il aime bien. Une chanson d’amour, l’histoire d’un homme qui s’interroge sur la possibilité d’avoir déjà désespérément besoin d’une femme qu’il ne connait pas encore. J’ai déjà besoin de toi mais je ne te connais pas encore. Et pendant qu’il me traduit ça, il me fixe intensément. Je ne sais plus quoi comprendre. J’ai du néant dans le ventre. Cette chanson me touche aussi car elle rejoint ce que j’ai écrit cet automne, une idée pour mon roman; aimer quelqu’un qui nous manque mais qu’on a oublié, qui appartenait peut être à une autre vie. Il comprends. On s’accorde. Silence.
Je propose de lui appliquer du baume du tigre sur sa joue douloureuse. Une manière de briser le rempart de la distance physique. Le toucher, enfin.
Doucement, j’applique l’onguent froid et odorant ramené d’Asie du Sud-Est. Ses yeux se ferment encore. Peu à peu, mon massage se transforme en caresse, ma caresse en tendresse. Je m’exprime. Mes mots ne le peuvent pas, ni mon corps. Seule ma main y arrive. Tant qu’elle est sur sa joue. Tant qu’il ferme les yeux. Et ma main s’enhardit, ose ses cheveux. Ses cheveux derrière son oreille. Incroyablement soyeux. Aussi soyeux que leur brillance le promettait. Quand j’ai terminé, je reste troublée et désoeuvrée.
Salvateur, il s’étend alors sur le canapé, et m’invite à m’allonger contre lui pour un câlin. "Viens faire un câlin.", il me dit très doucement. Je m’étends à mon tour, sur lui, sur son corps. Et on se caresse lentement, avec timidité, avec respect. Mon visage dans son cou, je pivote la tête. Cette fois, ce sont mes lèvres qui effleurent sa peau. L’ovale de son visage, son menton, sa joue et ses lèvres à lui. Sa bouche, enfin. Sa bouche qui rejoint la mienne. Son haleine chaude,terriblement attirante. Sa langue comme une récompense.
Ca y’est, cette étape là, je l’ai franchie.
On s’embrasse comme dans un rêve. On s’arrête. On se dévisage. Je suis surprise et hébétée. Je ne m’attendais pas à cette assurance chez lui. Son visage est impassible, ses yeux ne disent rien, me cachent tout. "Qu’est ce que tu veux faire ?" il me demande en français. Incapable de répondre, tant je suis sidérée. Alors sans me quitter des yeux, il me prends dans ses bras et me porte jusqu’au lit, comme si je ne pesais rien. Ce lit que je n’osais pas regarder. Mes jambes autour de ses hanches.
Et la déconstruction commence.
La déconstruction du mythe de moi. La déconstruction de qui je pensais être.

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2021-02-14T17:03:00+01:00
https://luzysombra.journalintime.com/L-Amante L'Amant(e) Je rêvais de l'Amant, du Mekong, du soleil. De l'amour l'après-midi dans une garçonnière de Saigon. Je rêvais de l'Amant et finalement l'amant c'est moi. Je n'ai jamais pensé que ça m'arriverait. Que c'était fait pour moi. Que j'étais faite pour ça. Imaginé oui. Je l'ai imaginé; une pointe d'excitation dans le ventre et du découragement dans la tête à l'idée de tous les soucis que ça engendrerait: les mensonges par omission, la dissimulation, le temps qu'il faut trouver, les messages envoyés à la va vite... Pas fait pour moi. Mais l'année, terriblement longue et ennuyeuse, Je rêvais de l’Amant, du Mekong, du soleil. De l’amour l’après-midi dans une garçonnière de Saigon. Je rêvais de l’Amant et finalement l’amant c’est moi.

Je n’ai jamais pensé que ça m’arriverait. Que c’était fait pour moi. Que j’étais faite pour ça. Imaginé oui. Je l’ai imaginé; une pointe d’excitation dans le ventre et du découragement dans la tête à l’idée de tous les soucis que ça engendrerait : les mensonges par omission, la dissimulation, le temps qu’il faut trouver, les messages envoyés à la va vite...
Pas fait pour moi.
Mais l’année, terriblement longue et ennuyeuse, a eu raison de l’image que j’avais de moi. L’année a eu raison du personnage que je m’étais construit. L’année a eu raison de mon édifice.

(Je trouve enfin le temps et la motivation pour écrire. Je suis en arrêt parce-que j’ai glissé mercredi sur une plaque de verglas. Au mieux, une double entorse : je suis tombée avec une violence inouïe sur mes deux poignets. C’est ballot, je suis masseuse. Indépendante… Ecrire ne m’est pas aisé mais j’ai le temps. Enfin, moins de temps puisque je viens d’effacer par inadvertance mon heure et demie d’écriture et que ce texte est le recommencement. J’ai failli pleurer.)

16/01/21
Il neige. On a rendez-vous. Montmartre.
Il m’attends déjà. J’arrive à pas maladroits, tentant de ne pas glisser. C’est la première fois qu’il marche dans la neige, lui qui vient d’un pays chaud. Mais il est bien plus à l’aise que moi, qui glisse à chaque pas.
On monte la butte. Il prends ma main dans la sienne, pour m’empêcher de tomber. Parce-que je n’arrive pas à marcher. Ca glisse trop. L’anti-Reine des Neiges, c’est moi. Je ne tiens pas sur mes jambes. Bambi sur le lac gelé, petit faon maladroit et un peu trop mignon. La neige recouvre tout, jusqu’à mon sex-appeal et le peu de dignité qui me reste et que je traîne tandis que ses yeux noirs me scrutent, sans pudeur.
On parle en espagnol. Et en français un peu aussi.
Place du Tertre. Un vin chaud. Ses longues boucles noirs constellés de flocons de neige. On parle en espagnol. On parle d’Histoire. Je lui dis qu’il ne devrait même pas le parler, l’espagnol. "A cause de la Conquête ?" il me demande. Il est beau quand il me dit ça.
"Oui, à cause de la Conquête."
Je ne m’attendais pas à avoir autant envie de lui. Envie de l’embrasser. Une immersion dans ces yeux noirs jusqu’à m’y noyer.
Il fait trop froid. Il neige trop fort. On se réfugie dans le Sacré Coeur. Mes mains dans les siennes pour me réchauffer. Mes mains sont glacées. Les siennes sont brûlantes. Allez comprendre.
Où on peut aller ? On a une après-midi entière à passer ensemble. Et tout, absolument tout, est fermé. Un hôtel ? Un hôtel qui loue ses chambres à la journée. Pour une heure, deux heures ou une demi-journée. J’en ai trouvé un, le matin même. Que j’ai pris le risque de réserver, sans savoir si lui, il a envie de la même chose que moi. Et l’heure tourne et je n’ai toujours rien dit… Il faut pourtant lui annoncer que j’ai réservé un hôtel pour nous. Qu’on y sera mieux qu’à se les geler dehors ou dans une basilique. Je me lance:
"Je dois te dire quelque-chose. Je suis gênée. S’il te plaît, ne pense pas que je suis perverse. Je n’ai pas trouvé d’autre solution pour qu’on soit au chaud. Je nous ai réservé une chambre d’hôtel pour deux heures."
Voilà, c’est dit. Je vois bien qu’il est surpris, même s’il essaie de me mettre à l’aise.
Je m’en veux de ne pas assumer mes désirs. Je m’en veux de ne pas assumer mon intensité. Aux femmes, l’on apprend à avoir peur de leurs désirs, à se méfier de leur intensité. Comment se construire, entre peur et désir ?
J’ai fini il y a peu Rien n’est noir, de Claire Berest, sur l’histoire d’amour légendaire entre Frida et Diego. Por eso me atrevì. C’est pour ça que j’ai osé. Que je l’ai osé lui. Avant, je ne me serait rien autorisé.
On descend de Montmartre pour rejoindre l’hôtel. Ma main dans la sienne. Et bien sur, je glisse et je tombe. Le neige recouvre tout mais dévoile les vraies nature; je suis la femme qui ne tient pas sur ses jambes.
Je me sens déjà tellement embarrassée par le fait de l’emmener à l’hôtel que ma glissade ne me perturbe pas plus que ça.
On arrive. Je bouillonne de honte. Puisqu’aux femmes on enseigne la honte.

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2021-02-13T18:22:00+01:00